Birmanie : la folie du vent moins meurtrière que la folie humaine

Genève, le vendredi 9 mai 2008 – Les reportages diffusés sur RTL ce vendredi 9 mai racontent comment dans une Birmanie sinistrée, les hauts parleurs diffusent depuis quelques heures des appels au vote. Alors que selon certaines organisations humanitaires plus de 100 000 personnes auraient été victimes du passage du cyclone Nargis et tandis que des centaines de milliers d’autres sont aujourd’hui sans abri, la junte appelle ses concitoyens à participer à un scrutin fantoche. Le sentiment de « folie » qui nous étreint face à l’évocation de cette mascarade est le même que celui qui poursuit les lecteurs des dépêches qui tombent toutes les heures à propos de l’évolution de la situation dans ce petit pays prisonnier d’une junte plus meurtrière que ne le sont les catastrophes naturelles.

Pillage

Ce vendredi 9 mai, un communiqué du ministère des Affaires étrangères a confirmé que le pays acceptait les vivres, l’eau et le matériel médical dépêchés par la communauté étrangère, mais qu’il refusait que cette aide soit distribuée par des personnels étrangers. En vertu de cette décision inique, on sait que deux des quatre employés de l’ONU arrivés hier en Birmanie ont déjà été contraints de quitter le pays. Ce refus répété du pouvoir birman de laisser entrer des équipes des organisations internationales et non gouvernementales est particulièrement inquiétant, d’autant plus que l’hebdomadaire le Point vient de révéler sur son site internet que la cargaison d’au moins un des quatre avions de l’Onu arrivés hier à Rangoon aurait été pillée à 90 % par les militaires. Sans même commenter cette « attitude écoeurante » pour reprendre l’expression d’un spécialiste de la région cité par Le Point, le secrétaire général adjoint de l’ONU en charge des secours humanitaires a indiqué au Monde qu’il commençait à « perdre patience ». John Holmes considère que la « situation est extrêmement préoccupante » et estime à plus d’un million le nombre de « personnes (…) très gravement affectées ». Il souligne que le risque d’épidémies est particulièrement élevé : « Les gens vivent dans des conditions très dangereuses, entourés d’eau, de corps en décomposition, sans nourriture, sans abri, très vulnérables aux maladies (…) : dysenterie, choléra, paludisme ». John Holmes considère enfin que les largages aériens sans autorisation, méthode envisagée on le sait par Washington, représente une solution très à risque, mais qui ne peut être « écartée catégoriquement ».

Karens

La pression aveugle qu’exerce la junte birmane qui refuse que soit apportée une aide réelle à une population en détresse témoigne du manque total de liberté qui existe aujourd’hui dans le pays. L’expérience des Karens que nous évoquions la semaine dernière dans ces colonnes en est une autre terrible illustration. Aujourd’hui, l’Union nationale des Karens a choisi de faire entendre sa voix en appelant le pouvoir à ouvrir un « accès total et sans conditions aux zones affectées par le cyclone, afin que l’aide humanitaire puisse être apportée à ceux qui en ont désespérément besoin ».

L.C.

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