Quel est le risque thrombo-embolique lié à une interruption brève d’un traitement par les antivitamines K ?

Il est des circonstances où un traitement anticoagulant par les antivitamines K (AVK) prescrit au long cours doit être impérativement et brièvement interrompu, par exemple, à l’occasion d’une intervention chirurgicale ou d’une exploration un tant soi peu invasive, situations exposant à un risque hémorragique pas toujours prévisible. Il règne une incertitude réelle sur le risque thrombo-embolique induit par l’arrêt, même bref, des AVK, du fait de la rareté des publications sur un sujet qui relève pourtant de la pratique médicale la plus courante.

Une étude de cohorte prospective multicentrique, réalisée aux Etats-Unis a inclus 1 024 patients (dont 438 femmes, 42,8 %) entre avril 2000 et mars 2002. Au total, le traitement par AVK a été transitoirement interrompu à 1 293 reprises au sein de cette population dont l’âge moyen était de 71,9+/-10,6 ans. Ce traitement avait été le plus souvent instauré du fait d’une fibrillation auriculaire (n=550), d’une maladie veineuse thrombo-embolique (n=144) ou encore d’une prothèse valvulaire (n=132). Les procédures qui ont été le plus fréquemment à l’origine de l’arrêt des AVK ont été la coloscopie ainsi que la chirurgie bucco-dentaire ou encore ophtalmique. Une prophylaxie péri-opératoire par l’héparine ou les héparines de bas poids moléculaire  n’a été utilisée globalement que dans 8,3 % des cas.

Seuls 7 patients (0,7 %) ont été victimes d’un accident thrombo-embolique survenu dans les 30 jours qui ont suivi les procédures évoquées et, dans ce cas, aucune prophylaxie péri-opératoire n’avait été assurée. Six patients (0,6 %) ont présenté une hémorragie majeure et 17 autres (1,7 %) des hémorragies cliniquement significatives mais néanmoins mineures. Dans 61 % des cas (14/23), ces complications hémorragiques sont survenues dans les suites d’une prophylaxie péri-opératoire, telle que définie précédemment. La durée de l’interruption des AVK s’est avérée variable, mais, dans plus de 80 % des cas, elle a été inférieure à 5 jours.

Cette étude de cohorte prospective montre que l’interruption brève ( 5 jours) d’un traitement par les AVK prescrits au long cours expose finalement à un risque thrombo-embolique faible. Le risque hémorragique associé à l’administration péri-opératoire d’une héparine ou d’une HBPM est, pour sa part, plus conséquent,  même en cas de procédures mineures, réalisables en ambulatoire. La décision de recourir à cette démarche préventive doit être mise en balance avec le risque thrombo-embolique au cas par cas.

Dr Philippe Tellier

Références
Garcia DA et coll. : Risk of Thromboembolism With Short-term Interruption of Warfarin Therapy. Arch Intern Med., 2008;168:63-69.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article