Les parodontopathies sont-elles vraiment des facteurs de risque de cancer ?

Une association entre parodontopathie et risque élevé de cancer a été suggérée par plusieurs études épidémiologiques. Cependant le tabagisme étant à la fois un facteur de risque de cancers et de parodontopathie il était difficile d’affirmer l’existence d’une relation directe entre pathologie des gencives et développement de néoplasies.

Pour tenter d’éclairer la question D Michaud et coll. se sont servis des données d’une étude prospective ayant débuté en 1986 aux Etats-Unis, la Health Professionals Follow-Up Study (HPFS). Au cours de ce travail, 48 375 hommes de 40 à 75 ans, professionnels de santé, ont été suivis pendant 17,7 ans en moyenne. A l’entrée dans l’étude et périodiquement (tous les 2 à 4 ans) les participants ont rempli des questionnaires sur l’existence d’une parodontopathie avec perte osseuse, le nombre de dents naturelles restantes, la consommation de tabac éventuelle, les habitudes alimentaires (précisées par un questionnaire semi quantitatif portant sur 131 items !), la survenue d’un cancer (hors néoplasies cutanées non mélaniques).  

Un facteur de risque apparent…

Après ajustement par les facteurs de risque de cancer connus incluant le tabac et certaines habitudes alimentaires, la fréquence des cancers est apparue supérieure chez les sujets ayant une parodontopathie (+ 14 % avec un intervalle de confiance à 95 % entre + 7 et + 22 %). Cette association apparaissait significative pour les cancers du poumon (+ 36 %), du rein (+ 49 %), du pancréas (+ 54 %) et pour les hémopathies malignes (+ 30 %). Dans le détail, les sujets ayant moins de 16 dents naturelles à l’entrée dans l’étude paraissaient avoir un risque de cancer du poumon accru de 70 %.

…mais non confirmé

Cependant ces résultats ajustés qui semblaient démontrer qu’une patodontopathie est un facteur de risque indépendant de cancer sont contredits par une analyse conduite par les auteurs sur le sous groupe des sujets n’ayant jamais fumé : chez ces individus, l’existence de parodontopathie n’est plus associée à une augmentation de la fréquence du cancer du poumon (risque relatif : 0,96). L’augmentation de l’incidence des cancers retrouvée après ajustement sur le tabagisme était donc vraisemblablement due aux difficultés de ce type de manipulations statistiques qui peuvent, malgré toutes les précautions prises, laisser subsister des facteurs de confusion résiduels.

On ne peut donc exclure que le risque de cancer d’autres localisation que le poumon (+ 21 %) retrouvé par cette étude chez les non fumeurs ayant une parodontopathie soit lui aussi en rapport avec un facteur de confusion mal évalué (alimentaire par exemple). D’autres études seront donc nécessaires pour déterminer si une parodontopathie est un facteur de risque indépendant de cancer du pancréas ou du rein et d’hémopathies malignes comme semble le suggérer ce travail ou si ces néoplasies et cette pathologie gingivale ne sont que favorisés par une cause commune.

Mais nous touchons peut-être là aux limites actuelles de l’épidémiologie descriptive.

Dr Nicolas Chabert

Références
Michaud D et coll.: Periodontal disease, tooth loss, and cancer risk in male health professionals: a prospective cohort study. Lancet Oncology 2008; publication avancée en ligne le 6 mai 2008 (DOI:10.1016/S1470-2045(08)70106-2)

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Vos réactions (1)

  • Parondontopathie - Cancer

    Le 13 mai 2008

    "Mais nous touchons peut-être là aux limites actuelles de l’épidémiologie descriptive".
    Ces limites sont fondamentales. L’épidémiologie descriptive étudie des associations, qui ne peuvent fournir que des probabilités conditionnelles, et non une probabilité pour un rôle effectif du "facteur" étudié. L'erreur est d'ordre sémantique : du fait de son étymologie, le mot "facteur" connote "ce qui fait", alors que dans le contexte statistique aucun rôle causal d'un "facteur" n'est supposé.

    Jean-François Foncin

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