Aérateurs transtympaniques, des indications évolutives ?

M. FRANCOIS

Hôpital Robert Debré, Paris

 

Cette technique a été décrite au milieu du XIXe siècle, puis a été oubliée (1). Elle a été réutilisée par les aviateurs au cours de la première guerre mondiale (pour éviter le barotraumatisme en piqué), puis à nouveau perdue de vue. Elle a ensuite refait son apparition dans le troisième tiers du XXe siècle grâce aux progrès dans les matériaux utilisés, des techniques opératoires (généralisation du microscope) et des progrès de l’anesthésie. Les indications se sont affinées au fil du temps. Elles sont actuellement au nombre de trois que nous allons passer successivement en revue (tableau).

L' aérateur transtympanique a pour fonction de maintenir la membrane tympanique ouverte tant que l’aérateur est en place, par opposition à la paracentèse qui se referme en quelques heures et à la perforation tympanique qui ne se ferme pas spontanément.

 

Les otites moyennes aiguës récidivantes

 

  Figure 1.

Aérateur transtympanique court (yoyo).



Certains nourrissons font beaucoup plus d’otites moyennes aiguës que d’autres. On parle d’otites récidivantes à partir de 6 épisodes distincts en un an (2). Avec une telle fréquence d’infections, il est licite de rechercher un facteur favorisant sur lequel agir. L’épanchement rétrotympanique résiduel après une otite moyenne aiguë (OMA) est un facteur favorisant de récidive d’une OMA. La constatation d’un tel épanchement, en dehors d’un épisode aigu d’otite, peut faire alors proposer la pose d’aérateurs transtympaniques pour rompre le cercle vicieux OMA – épanchement résiduel – OMA. On pose alors des aérateurs courts (figure 1) qui s’éliminent spontanément en 1 à 9 mois.

 

La pose d’aérateurs transtympaniques permet de rompre le cercle vicieux OMA – épanchement résiduel – OMA.

L’otite séreuse

L’otite séreuse se définit comme un épanchement rétrotympanique évoluant depuis au moins 2 mois. Cette affection est fréquente chez les enfants de 3 à 7 ans. Elle est le plus souvent paucisymptomatique, découverte lors d’un examen fortuit, et ne justifie pas de traitement car elle a toutes chances de guérir spontanément. Il en est autrement si l’enfant a un retard de langage, ou des difficultés de prononciation (par rapport aux enfants du même âge), ou s’il y a des difficultés à l’école d’attention ou de compréhension des consignes, qui pourraient être expliquées par l’hypoacousie due à l’otite séreuse. Il est nécessaire de faire un examen d’audition pour vérifier que l’otite séreuse constatée à l’otoscopie ou par l’impédancemétrie, détermine une hypoacousie suffisamment importante pour justifier un traitement (figure 2).

 

 Figure 2.
Audiogramme d’un enfant ayant une otite séreuse avec hypoacousie bilatérale de transmission.

Le traitement est d’abord médicamenteux (corticoïdes(3), traitement d’une rhinite allergique(4) ou d’un reflux gastro-œsophagien (5)). Ce n’est qu’en cas d’échec que seront proposés des aérateurs transtympaniques (6), en général des aérateurs longs ou T-tubes (figure 3).

 

  Figure 3.
Aérateur transtympanique long
(T-tube).



Il est essentiel de faire un audiogramme quelques semaines après pour vérifier que l’audition est revenue à la normale et que l’otite séreuse ne cachait pas une surdité de perception légère.

Les troubles de l’audition liés à une otite séreuse persistante malgré le traitement médical, sont une indication à la pose d’un aérateur.

Les rétractions tympaniques

Le dysfonctionnement de la trompe d’Eustache peut, au bout de quelques années, fragiliser le tympan qui se rétracte vers la caisse (figure 4).

 

  Figure 4.
Rétraction tympanique
auto-nettoyante.



Au début, cette rétraction est réversible par traitement médicamenteux ou auto-inflation(7). Mais il arrive un moment où ces moyens simples ne suffisent pas, l’audition s’altère, à un stade de plus il peut y avoir lyse ossiculaire. La pose d’un aérateur long pendant plusieurs années peut arriver à enrayer cette évolution et éviter le passage à une forme plus sérieuse d’otite chronique requérant une chirurgie de renforcement du tympan. 

 

En  pratique, on retiendra

• Un aérateur transtympanique n’est jamais proposé dans l’urgence, mais après une période d’observation pour vérifier la pérennisation de l’otite séreuse ou du dysfonctionnement tubaire, et après échec de traitements médicamenteux ou physiques plus simples à mettre en œuvre et ayant moins d’effets adverses.

• Les indications sont fonction de l’âge :

– otites moyennes aiguës récidivantes chez le nourrisson,
– hypoacousie de transmission bilatérale et socialement gênante entre 3 et 7 ans,
– certaines rétractions tympaniques chez les enfants de plus de 7 ans.



Pour en savoir plus

1. Legent F. Un siècle d’histoire de la chirurgie de l’otite chronique. Ann Otolaryngol Chir Cervicofac 2000  ; 117 :220-5.
2. François M. OMA récidivantes : quel bilan, quel traitement ? MT Pédiatrie 2007 ; 10 : 178-181.
3. Thomas CL, et al. Oral or topical nasal steroids for hearing loss associated with otitis media with effusion in children. Cochrane Database Syst Rev 2006 Jul 19 ; 3 CD001935.
4. Griffin GH,et al. Antihistamines and/or decongestants for otitis media with effusion (OME) in children. Cochrane Database Syst Rev 2006 ; oct18 ; (4) : CD003423.
5. Crapko M et al. Role of extra-esophageal reflux in chronic otitis media with effusion. Laryngoscope 2007 ; 117 : 1419-23.
6. Lous J et al. Grommets (ventilation tubes) for hearing loss associated with otitis media with effusion in children. Cochrane Database Syst 2005 Jan 25 ; (1) : CD001801.
7. Perera R, et al. Autoinflation for hearing loss associated with otitis media with effusion. Cochrane Database Syst 2006 Oct 18 ; (4) : CD006285.

Copyright © Len medical, Pédiatrie Pratique, avril 2008

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article