Faut-il avoir peur du Red Bull ?

Paris, le lundi 19 mai 2008 – Tel le petit village d’Astérix face aux Romains, la France a très longtemps résisté à l’envahisseur répondant au nom de Red Bull, une boisson énergisante à base de taurine, de caféine et de D-glucuronolactone dont le succès à travers le monde ne se dément nullement. Bien que le Red Bull soit autorisé dans vingt-cinq pays sur vingt-sept dans l’Union européenne, la France a choisi de fermer sa porte au géant autrichien. Dès septembre 1996, le Conseil supérieur d’hygiène public évoque pour justifier l’interdiction de la boisson en France les « effets neuro-comportementaux indésirables (…) de la taurine ». Depuis, les avis opposés à la commercialisation de ce type de boissons énergisantes se sont multipliés : le dernier en date a été publié par l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) en novembre 2006 (avant un nouveau rappel à l’ordre en avril 2008). Toujours, les gardiens de la sécurité sanitaire ont eu à cœur de rappeler que les résultats des études scientifiques ne permettaient pas de confirmer avec certitude « l’innocuité de la taurine et de la D-glucuronolactone aux doses préconisées (pas plus de deux canettes par jour, ndrl) ». Une canette de taurine contient en effet une dose 500 fois supérieure à celle apportée par l’alimentation !

Red Bull oui, mais avec taurine !

Cette détermination n’a pas empêché le producteur autrichien du Red Bull (le groupe RedBull) de tenter par de nombreux moyens d’imposer ses boissons en France. Il a par exemple été commercialisé au début de cette année un produit plutôt trompeur : il s’agit d’une boisson énergisante, nommée Bullit et vendue dans une présentation similaire au Red Bull, mais qui pour ne pas contrevenir aux décisions françaises ne contient pas de taurine. Ce petit tour de passe-passe est l’objet d’une enquête de la Direction générale de la concurrence ! Outre son introduction sur le marché Français par des voies détournées, le groupe RedBull a déposé plusieurs plaintes devant le tribunal administratif et réclamé quelque 300 millions d’euros à l’Etat français : pour le leader mondial de la boisson énergisante, la position de la France ne se justifie en effet par aucune preuve scientifique et médicale. Il semble que la perspective de payer une si lourde amende ne soit pas étrangère à la décision prise par Bercy. Au ministère de l’Economie, on signale en effet que grâce à l’accord signé vendredi entre le ministre Christine Lagarde et le PDG de RedBull, Dietrich Mateschitz, la firme autrichienne a retiré ses plaintes contre la France. Ainsi, en vertu de cet accord, qui semble en totale contradiction avec les quatre précédents avis de l’AFSSA, le Red Bull à base de taurine pourra être vendu en France à partir du 15 juillet, tandis que la boisson énergisante du même groupe à base d’arginine (Bullit) sera pour sa part retirée du marché pour éviter la confusion du consommateur… et lui interdire de continuer à boire une boisson énergisante de la marque RedBull sans taurine !

Augmentation du volume d’éjection systolique

Faut-il attendre de cette décision un nouveau « couac » qui verrait s’opposer le ministère de l’Economie à celui de Roselyne Bachelot ? Les avertissements qui figureront sur les canettes, déconseillant leur consommation aux femmes enceintes et aux enfants et appelant à la modération, suffiront-ils à apaiser les inquiétudes de certains professionnels de santé ? Ces craintes à l’encontre de boissons expérimentées pour la première fois par les GIS durant la guerre de Corée et qui sont désormais le nectar des fêtards sont-elles justifiées ? Pour l’AFSSA, les « altérations histologiques rénales observées (…) chez le rat » liées au D-Glucuronocactone et les troubles neuropsychiques pouvant être induits par l’association taurine et caféine étaient assez préoccupantes pour justifier une interdiction. Par ailleurs, une étude publiée en 2001 a mis en évidence « une augmentation du volume d’éjection systolique (…) après consommation du produit dans la période de récupération après exercice ». Ce dernier élément confirme que dans certaines situations le produit pourrait être spécifiquement dangereux : dans le cadre d’une pratique sportive ou en association avec de l’alcool. Cependant, dans son avis publié en 2006 l’AFSSA reconnaissait que les études qui lui avaient été transmises ne permettaient pas « d’apporter la démonstration irréfutable d’un risque avéré lié à la consommation de cette boisson ». La prudence de l’AFSSA n’est aujourd’hui plus de mise et l’introduction de Red Bull devrait ouvrir la voie à de nombreuses autres boissons énergisantes à base de taurine.

A.H.

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Vos réactions (2)

  • Red bull

    Le 24 mai 2008

    Nous devons "rougir" de honte devant cette reculade motivée par des considérations financières.Où est donc passé nôtre "principe de précaution" si souvent évoqué?
    Attendons la réaction du ministère de la santé; la sécu est-elle disposée à payer les conséquences éventuelles ?

    Jean Pierre Delaroque

  • Red Bul

    Le 26 mai 2008

    Encore une fois, on sacrifie la santé sur l'autel de l'économie. C'est TRES à la mode depuis quelques mois. M.E.L. va être content, il va pouvoir vendre en toute légalité le RedBull en attendant de provoquer des hépatites avec le paracétamol au kilo !

    Gerald Trognon

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