E. VINCENT,
Paris
De nombreuses études expérimentales sur la douleur ont
montré que les femmes, comparativement aux hommes, ont un seuil
douloureux plus bas, présentent davantage de douleurs et ont une
tolérance moindre.
Des études épidémiologiques mettent également en évidence que les
femmes se plaignent plus fréquemment de douleurs de longue durée et
d’intensité plus élevée. Ainsi, la différence entre les deux sexes
a pu être mise en évidence dans différents types de
douleur.
Les douleurs faciales et les céphalées
Les femmes ont plus de douleurs faciales, de douleurs
temporo-mandibulaires et une sensibilité des muscles des mâchoires
plus élevée que les hommes.
La prévalence des céphalées chroniques de tension, des migraines,
des migraines post-péridurales et des céphalées cervico-occipitales
est plus élevée chez les femmes.
Les hommes ont cependant une plus grande sensibilité aux algies
vasculaires de la face. La répartition de la migraine est similaire
chez les garçons et les filles d’âge scolaire, mais il existe une
augmentation de la fréquence chez les filles dès
l’adolescence.
Cinq pour cent des femmes ont une migraine dans les 2 jours
précédant les règles ou le premier jour de celles-ci ou lors de
l’ovulation. Il existe souvent une amélioration de la migraine lors
de la grossesse et la ménopause, mais la prévalence continue à être
plus élevée que chez les hommes.
Les douleurs musculaires et
squelettiques
Elles sont plus fréquentes chez les femmes, notamment en ce qui
concerne le cou, les épaules, les membres supérieurs et les
hanches. Il en va de même pour l’ostéoarthrite, la polyarthrite
rhumatoïde, et la fibromyalgie.
Les douleurs abdominales
Les femmes et les jeunes filles se plaignent davantage de
douleurs abdominales, même si on exclut les dysménorrhées.
L’anatomie pelvienne féminine peut être rendue responsable des
conditions douloureuses. De plus, la douleur utérine peut provoquer
une hyperalgésie musculaire et cutanée généralisée.
Une grande variabilité
Des études sur des douleurs expérimentales ont montré leur
variation lors de la puberté, des menstruations, de la grossesse et
de la lactation, et lors de la prise d’hormones exogènes.
De nouvelles données font apparaître que la symptomatologie
douloureuse de nombreuses maladies (pas seulement gynécologiques)
est éminemment variable selon la période (puberté, cycle menstruel,
post-partum, pendant et après la ménopause) où la maladie se
produit. Il y a donc une variabilité considérable de l’expérience
du vécu douloureux de la femme.
La perception de la douleur
Berkley et Holdcroft ont classé les facteurs influençant les
différences de perception de la douleur selon les sexes de la façon
suivante :
1) génétiques,
2) physiologiques et structure du corps,
3) anatomie pelvienne,
4) stress,
5) hormones stéroïdes,
6)agents neuro-actifs,
7) mode de vie et facteurs socioculturels.
Ces différences sexuelles ont des implications sur l’évaluation
et le traitement de la douleur : les différences concernant la
structure corporelle et les hormones sexuelles peuvent modifier la
pharmacocinétique et la pharmacodynamique de certaines drogues.
Ainsi, les effets analgésiques des agonistes kappa sont plus
marqués chez les femmes que chez les hommes.
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Copyright © Len medical, Gynecologie Pratique, avril 2008
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