Procès de l’hormone de croissance : peine maximale mais avec sursis requise contre les deux principaux accusés

Paris, le jeudi 22 mai 2008 – Le procès d’un scandale sanitaire est toujours un pari perdu d’avance. Les familles de victimes le pressent avec une douloureuses fébrilité : elles savent qu’elles vont devoir revivre pendant plusieurs jours les moments les plus difficiles de leur existence et qui sont à jamais gravés dans leur mémoire et tout en même temps elles espèrent de ces journées passées devant la justice un soupçon d’apaisement, un bienfait de la reconnaissance de leurs maux. Le jour des réquisitoires vient et quels qu’ils soient, qu’ils accordent la relaxe aux prévenus ou au contraire qu’ils fassent peser sur eux la menace d’une lourde peine, la déception et l’amertume sont toujours les mêmes. Après des semaines entières à traquer le regard des prévenus, les familles des victimes laissent éclater leur colère à la sortie de la salle d’audience, une colère qui rappelle l’éternité de la blessure, qu’aucune condamnation, qu’aucun séjour derrière les barreaux ne viendra racheter ou même consoler.

Des accusés de plus de 85 ans

Le procès de l’hormone de croissance ne fait pas exception. Les deux principaux accusés, le professeur Jean-Claude Job, ancien président de France Hypophyse et Fernand Dray, professeur de pharmacie à l’Institut Pasteur ont vu requérir contre eux la peine maximum : quatre ans de prison, mais assorties de sursis en raison de leur grand âge, ils ont plus de 85 ans tous les deux. Ce sursis accordé à ces scientifiques auxquels elles avaient accordé tous leurs espoirs et toute leur confiance et qui les ont si terriblement déçues a révolté plusieurs familles. L’image de cette mère en larmes s’indignant de « ce simple sursis pour 114 victimes » a ainsi été présentée par toutes les télévisions. Le tribunal a également requis deux ans de prison avec sursis à l’encontre de Marc Mollet, ancien directeur de laboratoire à la pharmacie centrale de Paris (PCH), auquel il a notamment été reproché par le vice procureur Dominique Pérard de ne pas avoir « rejeté les lots douteux » et d’avoir mis en circulation en 1985 des lots non purifiés à l’urée. « Même une quincaillerie aurait été mieux tenue » a lâché le vice procureur. C’est la relaxe qui a au contraire été demandée pour son supérieur, Henri Cerceau, ancien directeur de la PCH, auquel ne pourrait être reprochée qu’une absence de « curiosité ». Une clémence similaire du ministère public a été observée pour le seul médecin prescripteur présent sur le banc des accusés, le docteur Micheline Gourmelen et pour le haut fonctionnaire du ministère de la santé Jacques Dangoumeau. Enfin, un an de prison avec sursis a été requis à l’encontre d’Elisabeth Mugnier, en tant que responsable des collectes d’hypophyses.

Renommée et gloire

Si ces réquisitoires ont souvent déçu les familles, Jeanne Goerrian présidente de l’Association des victimes de l’hormone de croissance (AVHC) dont le rôle crucial tout au long du procès a été remarqué, a pour sa part préféré commenter : « Je ne m’attendais pas à ce qu’on les mette en prison » et a ajouté : « L’important est que leur responsabilité soit établie ». De fait, Danièle Mirabel et Dominique Pérard ont commencé leur réquisitoire en dénonçant « l’accumulation invraisemblable d’imprudences et de négligences » mises à jour dans ce drame qui selon elles aurait pu « être évité ». Plus tard, Dominique Pérard a épinglé les « choix décisionnels défaillants, les erreurs d’organisation et de contrôle qui ont créé une situation dangereuse ». Un verdict sans appel est également tombé : « Alors qu’ils avaient toutes les connaissances, ils ont continué à fonctionner dans l’aveuglement ». A l’encontre enfin des deux principaux prévenus, les mots auront été plus sévères encore. Jean-Claude Job et Fernand Dray ont « privilégié la quantité à la qualité » a estimé le ministère public, alors que Danièle Mirabel a dressé un portrait sans indulgence du professeur Job dont elle a fustigé la « volonté de renommée et de gloire ». Aujourd’hui, les plaidoiries de la défense ont commencé.

A.H.

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