Les liens entre obésité et risque accru de diabète,
d’hyperlipidémie, d’HTA et de maladie cardiovasculaire ont été mis
en évidence dans de nombreux travaux, mais la notion d’une
association entre obésité et développement d’une glomérulopathie
chronique est moins documentée. Afin de préciser les données
intéressant cette glomérulopathie associée à l’obésité, des auteurs
chinois ont analysé ses caractéristiques cliniques et histologiques
dans une vaste série de cas.
L’étude, conduite dans un centre de Nankin, a porté sur 10 093
biopsies rénales, effectuées entre février 2002 et novembre 2006,
dans le bilan d’une protéinurie et/ou d’une hématurie et/ou d’une
insuffisance rénale. L’obésité a été définie par un indice de masse
corporelle (IMC) atteignant ou dépassant 28, et les patients ont
été répartis en trois groupes selon l’importance de l’obésité :
légère (IMC entre 28 et moins de 30), modérée (IMC de 30 à moins de
35) et sévère (IMC de 35 ou plus).
Le diagnostic de glomérulopathie a été porté sur l’existence
d’une excrétion urinaire d’albumine dépassant 0,4 g/24 h, et d’une
glomérulosclérose segmentaire et focale avec glomérulomégalie ou
d’une glomérulomégalie isolée. Les patients présentant
des lésions minimes ou une glomérulosclérose idiopathique, ainsi
que ceux souffrant de pathologies susceptibles de provoquer une
atteinte rénale du même type (néphropathie diabétique,
néphrosclérose hypertensive, par exemple) ont été exclus de
l’étude.
Quatre vingt-dix cas de glomérulopathie associée à l’obésité ont
été mis en évidence sur les biopsies (0,89 %) mais la fréquence de
découverte de cette association a été multipliée par 1,6 au cours
des 5 dernières années d’étude.
Ces 90 patients étaient âgés en moyenne de 37,5 ans (extrêmes :
18-64 ans) et comptaient 67,7 % d’hommes. Ils avaient un IMC moyen
de 31,2 (28-40), un tour de taille moyen de 100 ± 10,3 cm, et un
rapport taille/hanche en moyenne de 0,95 ± 0,07. Parmi eux, 49 %
avaient une obésité légère, 37 % une obésité modérée et 14
% une obésité sévère.
L’excrétion protéique urinaire moyenne était de 1,48 ± 1,2 g/24
h, avec des protéinuries de 0,4 à 1, de 1 à 3,5 et supérieure à 3,5
g/j respectivement dans 51 %, 39 % et 10 % des cas. La clairance de
la créatinine était en moyenne de 109 ± 32,2 ml/min/1,73 m2 ; les
valeurs dépassaient 120 ml/min/1,73 m2 chez 42 % des sujets, se
situaient entre 90 et 120 pour 36 % d’entre eux et étaient
inférieures à 90 dans 22 % des cas.
Soixante-dix-sept pour-cent des cas avaient une anomalie du
métabolisme glucidique, 88 % une insulinorésistance, 76 % une
dyslipidémie, et 63 % une HTA.
L’analyse associe significativement accroissement de l’IMC et
augmentation de la protéinurie et de la clairance de la
créatinine.
Cette étude rétrospective, monocentrique, menée en Chine et
portant, selon les auteurs, sur la plus vaste série de cas analysée
à ce jour, montre une incidence de la glomérulopathie associée à
l’obésité allant rapidement croissant, au cours des 5 dernières
années, avec l’épidémie d’obésité. Des études complémentaires et de
suivi sont nécessaires pour confirmer les caractéristiques mises en
évidence et préciser l’impact des traitements, notamment ceux
bloquant le système rénine-angiotensine.
Dr Claudine Goldgewicht
Chen H-M et coll. Obesity-related glomerulopathy in China : A case-series of 90 patients. Am J Kidney Dis, Publication en ligne 16 avril 2006.
Vous pouvez lire sur un thème proche
:
Copyright © http://www.jim.fr
 |
Vos réactions |