Sur le chemin qui mène de la pré-hypertension à l’hypertension

La baisse quelque peu arbitraire des seuils de normalité pour la pression artérielle (PA) a conduit à une forte augmentation de la prévalence de l’hypertension artérielle, avec en corollaire une montée en puissance des indications du traitement antihypertenseur. Certes, la PA est une variable continue, mais  le risque cardiovasculaire auquel elle expose n’augmenterait théoriquement qu’à partir du seuil  de 115/75 mm Hg, si l’on croit les données épidémiologiques et les résultats  des essais contrôlés consacrés à l’HTA. La pré-hypertension, pour sa part, est définie par une PA systolique comprise entre 130 et 139 mm Hg et aucune étude contrôlée n’a conclu à la nécessité formelle de recourir à la pharmacothérapie dans cette indication. A cet égard, il semble intéressant de préciser l’évolution à long terme de cette pré-hypertension et de mettre en évidence les variables prédictives de cette évolution.

C’est à ces questions que répond une étude de cohorte prospective effectuée dans le contexte de l’étude épidémiologique grecque, dont l’acronyme est ATTICA. Les données basales (2000-2001) de 1 188 participants, indemnes de maladie cardiovasculaire, mais présentant une pré-hypertension ont été prises en compte.
Au terme de 5 ans de suivi, 798 sujets ont été finalement retenus pour l’analyse statistique finale. L’incidence de l’hypertension en l’espace de 5 années, ajustée en fonction de l’âge  a été estimée à 18,7 % chez les hommes et 24,6 % chez les femmes (p=0,05) (soit environ 4 %/an dans les deux sexes).

Chez les sujets âgés de 55 à 65 ans, atteints d’une pré-hypertension, une HTA est apparue dans près de la moitié des cas (versus 60 % chez ceux âgés de plus de 65 ans). Une analyse multivariée par régression logistique multiple a révélé que les variables suivantes étaient significativement associées à la survenue d’une HTA , les résultats étant exprimés sous la forme d’un odds ratio (OR/an): âge élevé, 1,09), sexe masculin (0,40), niveau éducatif élevé (0,94), circonférence abdominale augmentée (1,04) et taux plasmatiques de CRP élevés (1,12). L’adhésion à un régime de type méditerranéen semble capable de prévenir l’installation d’une HTA, tout en moins en cas d’obésité abdominale (0,94).

Au total, le risque d’hypertension en cas de pré-hypertension semble concerner avant tout le sujet âgé, a fortiori dans les conditions suivantes : niveau socio-éducatif faible, obésité abdominale, adhésion faible au régime de type méditerranéen.

Dr Philippe Tellier

Référence
Pitsavos C et coll. : Abdominal obesity and inflammation predicts hypertension among prehypertensive men and women: the ATTICA Study. Heart and vessels 2008; 23 : 96-103

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