Qu’avons-nous appris avec le recul sur le traitement du cancer du testicule ?

La découverte des sels de platine dans les années 70 a révolutionné le traitement du cancer du testicule (KT). Combinés avec d’autres chimiothérapies (CT), comme l’étoposide et la bléomycine, ces sels ont guéri des KT métastasés, modèles des cancers curables.
Au-delà de ces succès, les oncologues ont conçu des stratégies adaptées aux risques auxquels elles exposent, de manière à guérir les malades tout en réduisant la toxicité des drogues employées, à partir de données recueillies à travers le monde.

Les jeunes hommes, qui avaient accepté d’entrer dans des essais cliniques et qui sont guéris de leur KT, ont vieilli ; la société leur doit beaucoup, car ces volontaires ont permis la réalisation de bien d’autres essais randomisés en oncologie ; de surcroît, ils sont encore sollicités pour les surveillances à distance, et sont une source d’exemplarité et d’aide pour leurs cadets confrontés au KT, d’information pour le dépistage et le succès du traitement auprès du public profane. Lance Armstrong, chez lequel on a découvert un KT en 1996, gagne le 1er de ses 7 tours de France consécutifs en 1999 et sert de modèle à toute une génération tout en créant sa propre fondation pour la recherche sur le cancer. Cette dernière, associée à la Société néerlandaise de cancérologie, a permis de quantifier le risque toxique à long terme (autres cancers et maladies cardiovasculaires) chez 27 00 hommes guéris de leur KT et suivis pendant une moyenne de 17 ans.

Ces sociétés ont montré que cette toxicité à long terme était multipliée par 1,9 après CT (et par 1,8 après irradiation des chaînes lomboaortiques) par rapport à celle de la chirurgie seule, les incidences les plus fortes étant celle de la leucémie après étoposide et du cancer de vessie après cisplatine, mais aussi hypertension, anomalies lipidiques, et obésité, tous risques devant être communiqués aux praticiens qui prennent en charge les malades guéris de leur KT. Ces risques doivent être aussi exposés aux jeunes malades candidats à la CT porteurs de tumeurs non séminomateuses à haut risque, quand se discute la chirurgie seule, sans leur cacher que même une CT courte ne les en protège point. En revanche, l’irradiation <35 Gy des séminomes de stade I ne paraît pas prédisposer à une toxicité tardive.

Ces constatations doivent remettre en cause nos habitudes de limiter le suivi des risques et bénéfices à 5 ans et inciter la communauté scientifique à faire son miel de toutes les données fournies par des institutions aussi recommandables que la fondation Lance Armstrong.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Bajorin Dean F : The graying of testis cancer patients : what have we learned ? J Clin Oncol., 2007;25:4341-3.

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