Inégalités socio-économiques et santé : la France, une élève aux résultats contrastés

Paris, le lundi 9 juin 2008 – Sans doute les responsables éditoriaux américains du prestigieux New England Journal of Medecine n’ont pas été fâchés de constater que les Européens se livraient parfois à une discrète autocritique. Si souvent encline à stigmatiser le système de l’Oncle Sam qui plus que tout autre condamnerait les plus pauvres à une moins bonne santé et à une mort prématurée, l’Europe ne montre cependant pas toujours l’exemple en la matière.

Sans surprise, l’étude conduite par le département de santé publique de l’université de Rotterdam, menée par Johan P. Mackenbach et publiée la semaine dernière par le New England, rappelle en effet que dans la vieille Europe, les moins éduqués et les personnes des classes socio-économiques les plus défavorisées sont également ceux qui meurent le plus tôt, qui se sentent le plus en mauvaise santé, qui fument le plus et qui souffrent le plus souvent d’obésité. Au-delà de cette confirmation, l’enquête qui s’est appuyée sur de très nombreuses données et études met en évidence que les inégalités socio-économiques ont moins d’impact sur la santé des habitants des pays du Sud de l’Europe et une très forte influence dans les pays baltes et de l’Est. Dans le Nord et l’Ouest de l’Europe, comme en France, les résultats sont plus contrastés. L’étude révèle aussi que les conséquences sanitaires des inégalités sont différentes selon que l’on observe le niveau d’éducation ou la situation économique.

Mortalité : la France terre d’inégalités

Le rapport entre la mortalité toutes causes confondues et le niveau d’éducation a d’abord été analysé. L’indice d’inégalité est supérieur à 1 en Europe : ne pas avoir de diplômes est donc un facteur de risque de mortalité, quelle qu’en soit la cause. On notera par ailleurs que les différences liées au niveau d’éducation sont un peu plus fortes chez les hommes (indice légèrement supérieur à 2) que chez les femmes (indice légèrement inférieur à 2). Cependant, la tendance observée dans chaque pays pris individuellement souligne qu’il n’existe pas de différences marquées entre les hommes et les femmes : ainsi lorsqu’il existe de fortes inégalités en fonction du niveau d’étude, cela se vérifie pour les deux sexes. On remarquera cependant que si la République Tchèque connaît les écarts les plus marqués entre la mortalité des hommes les plus éduqués et des hommes les moins éduqués, c’est en Lituanie que s’observent les différences les plus fortes en ce qui concerne les femmes. D’une manière générale, c’est dans les pays de l’Est et plus précisément en Hongrie, en République Tchèque et en Pologne que les inégalités sont les plus importantes : la mortalité (prématuré) toutes causes confondues est quatre fois plus élevée chez ceux dont le niveau d’étude est le plus faible. A contrario, les régions européennes où ces différences sont le mieux gommées sont le pays basque espagnol et plus généralement l’Europe du Sud. La France fait figure de mauvaise élève en la matière : elle se situe légèrement au dessus de la moyenne européenne pour les hommes et les femmes et est avec la Finlande l’état (en dehors de ceux d’Europe de l’est et des pays Baltes) à connaître le plus haut score d’inégalité.

Les liens chez l’homme entre les taux de mortalité toute cause confondue et la catégorie professionnelle ont également été analysés pour les pays d’Europe du Nord, de l’Ouest et du Sud. Les résultats sont encore décevants pour la France : elle se situe de nouveau légèrement au dessus de la moyenne européenne et connaît après la Finlande le plus haut score d’inégalité. C’est la Belgique qui obtient dans ce domaine les résultats les plus satisfaisants.

Revenus : le lien entre mauvaise santé et pauvreté très marqué chez les femmes

Les auteurs ont également évalué les liens entre le niveau d’éducation et l’état de santé, en fonction des réponses données à des auto questionnaires destinés à déterminer le poids des maladies chroniques. On observe dans ce domaine des résultats qui diffèrent quelque peu de ceux liés à la mortalité : ce sont toujours l’Espagne et l’Italie qui connaissent les plus faibles scores d’inégalité. Cependant, la France, figure ici dans le peloton des meilleurs élèves (en dessous de la moyenne européenne) laissant derrière elle des pays comme la Grande-Bretagne, l’Irlande ou la Norvège. Le pays où le risque de se sentir en mauvaise santé est particulièrement élevé chez les moins éduqués par rapport à ceux qui le sont le plus est le Portugal. En outre, dans les pays de l’Est et les pays Baltes, les différences sont peu marquées dans ce domaine. L’analyse du rapport entre niveau de revenus et mauvaise perception de son état de santé révèle pour sa part que c’est en Grande Bretagne que les différences sont les plus fortes dans ce domaine. L’indice d’inégalité sur ce point est en Europe de 1,4 et est supérieur à 2 en Grande-Bretagne. La France connaît une nouvelle fois en la matière des résultats satisfaisants : l’indice d’inégalité y est inférieur à 1,3. En l’absence de données italiennes et espagnoles, la France obtient donc dans ce domaine les meilleurs résultats européens après l’Allemagne et la Belgique. Les pays de l’Est et du Nord connaissent pour leur part des scores d’inégalité plutôt élevés sur ce point. On observera cependant que contrairement à ce qui prévalait pour la mortalité, les différences entre les femmes riches et les femmes pauvres sont plus fortes qu’entre les hommes riches et les hommes pauvres dans plusieurs pays et notamment en France.

Tabagisme : l’éducation est un facteur de risque chez les femmes françaises

Enfin, les auteurs ont analysé les liens entre le niveau d’éducation, d’une part, et le tabagisme et l’obésité d’autre part.  Concernant le tabagisme, l’indice d’inégalité est légèrement supérieur à 2 dans l’ensemble de l’Europe, que ce soit chez l’homme ou chez la femme. C’est en Norvège, en Grande-Bretagne et en République Tchèque qu’existent les plus fortes différences entre les hommes en fonction de leur niveau d’éducation. Concernant les femmes, c’est en Norvège, en  Grande-Bretagne et en Slovénie que les femmes peu éduquées fument le plus comparativement à celles qui ont le plus haut niveau d’études. Dans certains pays, on observe a contrario que le fait de fumer est plus fréquent chez les femmes ayant atteint un plus haut niveau d’étude : c’est le cas du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie, de la Lituanie et dans une plus faible mesure de la France. Dans notre pays, l’influence du niveau d’éducation sur le tabagisme est globalement limitée.

Obésité : l’éducation n’a pas de poids en Europe de l’Est

Face à l’obésité, des pays figurant souvent parmi les meilleurs élèves sont marqués par de fortes inégalités. Ainsi, c’est en Italie, en Espagne, au Portugal et en France que le risque de souffrir d’obésité est beaucoup plus fort chez les femmes les moins éduquées par rapport à celles ayant un plus haut niveau d’étude. L’indice d’inégalité est beaucoup plus élevé pour la gente féminine dans ces pays (entre 4 et 5) que la moyenne européenne (légèrement inférieure à 3). Les inégalités face à l’obésité sont dans la plupart des pays d’Europe plus marquées chez les femmes que chez les hommes. En la matière, les pays de l’Est à l’exception de la République Tchèque présentent les écarts les moins importants : le fait de souffrir d’obésité y est faiblement corrélé au niveau d’étude.

A.H.

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