Mort subite du nourrisson : l'hypothèse d'une toxine bactérienne

La mort subite du nourrisson contribue fortement à la mortalité de cette tranche d'âge, mais dans quelques cas seulement une cause est mise en évidence: infectieuse, accidentelle, métabolique ou congénitale. La mort subite demeure le plus souvent inexpliquée même après autopsie et les théories pathogéniques sont multiples. L'évolution du nombre de cas avec l’âge (pic atteint vers 8 à 10 semaines, puis baisse jusqu'à 6 mois et faible fréquence au-delà) est inverse de celle des taux sériques d'anticorps anti-bactériens, ce qui est en faveur de la participation d'une infection sous-jacente au mécanisme des morts subites inexpliquées.

Une équipe londonienne a réalisé une étude rétrospective des prélèvements bactériologiques effectués sur plusieurs sites (sang, LCR, poumon et/ou rate) lors de l'autopsie de 546 nourrissons morts de façon soudaine et inattendue. Les décès étaient soit inexpliqués, soit expliqués par une cause non-infectieuse, soit dus à une infection bactérienne histologiquement prouvée. Les isolats bactériens collectés étaient eux-mêmes classés en non pathogènes, pathogènes du groupe 1 (habituellement associés à un foyer infectieux identifiable) ou du groupe 2 (reconnus pour générer une septicémie sans foyer infectieux apparent).

Après exclusion des cas d'infection virale, à Pneumocystis ou secondaires à une réanimation, il restait un total de 2 079 prélèvements dont un tiers était stérile. Les cultures positives ont produit 2 871 isolats, qui contenaient significativement plus souvent des pathogènes du groupe 2 en cas d'infection bactérienne prouvée ou de mort inexpliquée (24 % et 19 %) qu'en cas de cause non infectieuse (11 %).

Les principaux agents pathogènes du groupe 2 retrouvés étaient le Staphylocoque doré et l'Escherichia coli et ils étaient significativement plus fréquents chez les nourrissons dont la mort était inexpliquée que chez ceux dont le décès était dû à une cause non infectieuse (respectivement 16 % et 6 % contre 9 % et 1 %).

La plus grande fréquence de ces 2 germes potentiellement pathogènes dans les cas de morts subites inexpliquées ne suffit pas à elle seule à établir une relation causale, d’autant plus que des contaminations ou des migrations bactériennes post-mortem sont possibles. Mais cette donnée s’ajoute à d’autres : distribution des morts subites en fonction de l’âge, facteurs de risque comme le procubitus et le tabagisme passif, polymorphismes génétiques immunorégulateurs particuliers. Cette convergence est en faveur d’un rôle joué par le Staphylocoque doré et l’Escherichia coli dans certaines morts subites inexpliquées, peut-être par le biais de la sécrétion de toxines dont l’action au niveau respiratoire ou neurologique pourrait expliquer la soudaineté du décès. La réponse sera vraisemblablement apportée par les techniques protéomiques qui permettront l’analyse des protéines bactériennes dans l’organisme.

Dr Odile Biechler

Références
Weber MA et coll: Infection and sudden unexpected death in infancy: a systematic retrospective case review. Lancet 2008; 371: 1848-53.
Morris JA et coll : Sudden unexpected death in infancy : evidence of infection. Lancet 2008; 371: 1815-16.

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