Le mécanisme de la neurotoxicité des solvants se précise

Les produits chimiques font l'objet d'une défiance générale. Si la chimie a permis des avancées majeures dans l’histoire de l’humanité, la diffusion insidieuse des produits chimiques dans l’environnement semble poser de nombreux problèmes. Il est habituel d’accuser à tort ou à raison les produits chimiques  d’être cancérigènes mais d’autres dangers potentiels existent car certaines de ces substances ont des capacités neurotoxiques. Par exemple, il est parfaitement établi que l’exposition directe à de fortes doses de solvants peut être responsable de tableaux neurologiques sévères. Par contre, le danger neurologique lié à l’exposition chronique à de faibles doses de produits n’est pas parfaitement défini. Or, les conséquences étant relativement importantes et le principe de précaution à géométrie variable, il est nécessaire d’être le plus précis possible dans la description du risque encouru.

En ce qui concerne l’effet des solvants sur les fonctions  cognitives, les données sont très nombreuses. On considère en grande Bretagne que 8 % des travailleurs utilisent de manière occasionnelle des solvants. L’encéphalopathie chronique liée aux solvants (ECS) est reconnue par  l’Organisation Mondiale de la Santé et est décrite dans le DSM IV. Elle se caractérise par la survenue d’un ralentissement idéomoteur, de troubles mnésiques et attentionnels persistant même après l’arrêt de l’exposition aux solvants. Chez les patients avec des troubles objectifs, on peut mettre en évidence des anomalies anatomiques (atteinte de la substance grise et substance blanche). Une atrophie du corps calleux a été retrouvée chez les travailleurs du rail. Chez des sujets utilisant le toluène et les ouvriers fabricants de chaussures, on constate des anomalies en  spectroscopie IRM témoignant de l’atteinte neuronale.

Un travail récemment publié dans Annals of Neurology vient de préciser les circuits cérébraux affectés. Ces auteurs néerlandais ont comparé en IRM (spectroscopie, tenseur de diffusion), SPECT (IBZM) trois populations  caractérisées sur le plan neuropsychologique  : 10 sujets sains, 10 patients souffrant d’une ECS et 10 peintres asymptomatiques exposés aux solvants. La densité des récepteurs D2 au niveau striatal était réduite chez les patients et les sujets exposés par rapport à la population témoin. Il existait en outre une diminution de la concentration de N Acétyl Aspartate (NAA) au niveau de la substance grise témoignant d’une atteinte neuronale.

D’après les auteurs, la réduction des récepteurs D2 au niveau de la partie dorsale du striatum explique le ralentissement psychomoteur des patients. Il semble donc exister ici une atteinte des circuits striato-frontaux . Les troubles attentionnels, symptôme subjectif considéré comme « fonctionnel » doivent donc alerter les praticiens notamment chez les patients exposés à des toxiques.

Dr Christian Geny

Référence
Visser I et coll. : Cerebral Impairment in Chronic Solvent-Induced Encephalopathy. Ann Neurol 2008;63:572–580

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