Dépistage de l’autisme chez les anciens grands prématurés

Publié en même temps qu’avait lieu la Journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, le travail de C Limperopoulos et coll. (1), sur le dépistage de l’autisme chez les anciens grands prématurés (ex-GP), a eu un grand retentissement médiatique.

Il établit que, selon un questionnaire parental, 25 % des membres d’une cohorte d’ex-GP présentent des comportements suspects d’autisme peu avant 2 ans. Deux messages en ont été tirés : 1) le spectre de l’autisme a une prévalence élevée chez les ex-GP, et 2) on peut le détecter avant 2 ans, dans ce groupe à risque.

L’outil de dépistage, le M-CHAT (Modified Checklist for Autism in Toddlers), est une liste de 23 questions –dont 6 cruciales- sur des gestes et réactions du grand nourrisson, questions auxquelles les parents doivent répondre par oui ou non, directement (2).

Les 91 enfants testés avaient un poids de naissance (PN) <1,5 kg. Leur terme allait de 23 à 30 semaines, et leur âge corrigé moyen lors du test était de 21, 9 ± 4,7 mois. Ils avaient presque tous (85/91) passé une IRM cérébrale au voisinage du terme normal.

Un quart d’entre eux (23/91) avaient un « dépistage positif », parce qu’ils avaient obtenu des « mauvaises réponses » à ≥ 2 items cruciaux (16/23) ou à ≥ 3 items.

Les dépistages positifs étaient corrélés à des troubles du comportement internalisés, et à des déficits de socialisation et de communication décelés par d’autres tests faits simultanément, la Child Behavior Checklist et la Vineland Adaptative Behavior Scale, respectivement.

En remontant à la période néonatale, on trouvait comme facteurs prédictifs indépendants d’un score anormal au M-CHAT, le sexe masculin, le PN, le terme, le score de gravité à l’entrée (SNAP-II), et une chorioamniotite à l’examen du placenta. Plus les enfants étaient « légers » et « malades » à la naissance et plus ils étaient à risque. L’inflammation des membranes fœtales donnait l’Odds Ratio le plus élevé (OR=16,2 ; IC 95 %=2,8-94,2 ; p=0,002).

Enfin, dans le sous-groupe des IRM anormales à 1 mois, les hémorragies cérébelleuses (6/28) étaient plus souvent associées à un dépistage positif que les lésions sus-tentorielles isolées.

Ces résultats n’établissent pas un lien entre la grande prématurité et le spectre de l’autisme, mais ils suggèrent l’intérêt d’un dépistage de l’autisme et des troubles apparentés chez tous les bébés de PN < 1,5kg, au cours de la 2ème année de vie.

Il est question ici de dépistage et pas de diagnostic précoce. Le test utilisé doit être performant dans la population ciblée, et les dépistages positifs demandent confirmation. Ce sont les deux grands points de discussion. Le suivi de la cohorte, qui est en cours, dira dans quelle mesure   les scores anormaux au M-CHAT étaient révélateurs d’un autisme. En attendant, la prudence est de mise dans l’interprétation du M-CHAT chez les ex-GP.

Dr Jean-Marc Retbi

Références
1) Limperopoulos C et coll. : Positive screening for autism in ex-preterm infants : prevalence and risk factors. Pediatrics, 2008 ; 121 : 758-765
2) Robins D et coll. : The modified checklist for autism in toddlers : an initial study investigating the early detection of autism and pervasive developmental disorders. J Autism Dev Disord. 2001 ; 31 : 131-144

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