Risque de cancer non mammaire après traitement d’un cancer du sein

Le gain de survie obtenu par les progrès thérapeutiques dans le cancer du sein (KS) au cours des dernières décennies a augmenté la probabilité de survenue d’un autre cancer, surtout en cas de facteurs de risques (génétique, obésité, tabac) ou de thérapeutiques agressives, chimio (CT) hormono (HT) ou radiothérapie (RT). Le risque de voir apparaître un KS controlatéral est triplé après KS, mais on a aussi noté une plus grande incidence des cancers de l’œsophage, du poumon, des angiosarcomes, etc. Le tamoxifène favorise le cancer de l’endomètre, et CT ou RT ont été accusées d’augmenter le risque de leucémie myéloïde aiguë.

Les auteurs néerlandais ont évalué le risque de survenue de cancers primitifs non mammaires (KNM) sur une large cohorte de 58 000 patientes traitées pour KS infiltrant entre 1989 et 2003 et suivies en moyenne plus de 5 ans.

Alors que le nombre de nouveaux cancers était attendu à 2 110, on en a observé 2578, soit un risque relatif augmenté de 22 %, et encore de 13 % si on le rapporte à 1 000 femmes suivies pendant 10 ans (10 000 années-femmes).. Les KNM les plus fréquents étaient les cancers de l’œsophage, du côlon, les sarcomes des tissus mous, les mélanomes, les tumeurs gynécologiques (utérus et ovaires), et les leucémies myéloïdes. Plusieurs de ces sites sont sensibles aux mêmes facteurs génétiques et environnementaux que le KS. De plus, le suivi plus minutieux des femmes atteintes de KS peut favoriser le dépistage plus précoce de KNM et introduire ainsi un biais statistique.

Le risque de voir apparaître un KNM est d’autant plus élevé que la malade était plus jeune quand on a diagnostiqué son KS. Il est également maximal dans la 1ère année de suivi, puis décroît ou se stabilise.

Par ailleurs, la plupart des KNM, et singulièrement les cancers digestifs, voient leur incidence augmenter quand la malade vieillit. En ce qui concerne les traitements adjuvants, si la RT augmente l’incidence des sarcomes des tissus mous, la CT préviendrait la majorité des KNM (sauf la leucémie myéloïde et les cancers du corps de l’utérus), tandis que l’HT serait surtout néfaste pour les cancers endométriaux.

La présence d’un KNM, pour un âge et pour un stade donné du KS, quadruple le risque de décès, et, même dans les cancers de pronostic assez favorable (cancers utérins, par ex.) le risque de mort reste multiplié par 1,8.

Les patientes atteintes de cancer du sein ont donc un risque accru, encore que modérément, de voir se développer secondairement un cancer dans une autre localisation.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Schaapveld M et coll. : Risk of new primary nonbreast cancers after breast cancer treatment : a dutch population-based study. J Clin Oncol., 2008 ; 26 : 1238-46.

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