Plaidoyer pour le jus de fruit (pur)

Dans l’épidémie d’obésité qui frappe les enfants, les boissons sucrées ont été mises au banc des accusés. TA Nicklas et coll. prennent la défense des jus de fruits directement issus de fruits pressés, les « purs jus 100 % ». D’après eux, la consommation de ces jus de fruits a, à partir de 180 ml/jour, des retombées positives sur l’apport de certains oligo-éléments et de portions de fruits entiers, sans entraîner de prise poids excessive chez l’enfant (1).

Leur étude est en fait l’analyse secondaire de données transversales recueillies par le National Health and Nutrition Examination Survey (NHANES 1999-2002), chez 3 618 sujets âgés de 2 à 11 ans, dont on avait évalué les ingesta alimentaires sur 24 heures.

Le jour de l’enquête du NHANES, 43 % des enfants avaient bu en moyenne 318 ml* de purs jus, ce qui correspondait à 150 kCal, soit 8,5 % de leur apport énergétique. Les plus jeunes (2-3 ans) en buvaient beaucoup plus (483 ml/jour) que ce recommande l’American Academy of Pediatrics (120 à 180 ml/jour de 1 à 6 ans ; 240 à 360 ml/jour de 7 à 18 ans).

Par rapport aux « non buveurs », ceux qui buvaient plus de 180 ml/jour de purs jus, avaient des apports accrus de vitamine C, folates, vitamine B6 et fer, et de potassium et magnésium (p <0,001). Ils ingéraient plus de glucides, mais moins de graisses totales ou saturées (p <0,001).

Ils avaient aussi de meilleures habitudes alimentaires, dans la mesure où ils rajoutaient moins de sucre et de graisses à leurs aliments (p <0,001), et où ils prenaient plus de portions de fruits entiers (p <0,001).

Leur ration énergétique n’augmentait significativement qu’au dessus de 360 ml/jour (2 138 kCal versus 1 827 kCal/jour ; p <0,001), mais il était impossible de dire si les purs jus étaient seuls en cause.

Les moyennes de leurs percentiles de poids et d’IMC en fonction de l’âge étaient similaires à celles des « non buveurs », aux alentours de 60. Ils ne couraient pas plus de risques qu’eux d’être en surpoids, quand on stratifiait sur le volume de purs jus et sur l’âge.

Ces résultats sont destinés à rassurer les parents, ainsi que les producteurs de jus de fruits. Leur portée est limitée par le groupe qui sert de référence : les enfants « non buveurs » de purs jus,  buvaient relativement plus d’autres boissons sucrées (jus de fruits à base de concentrés et nectars, sodas, etc) !

Paru simultanément, et exploitant également des données du NHANES, le travail de YC Wang et coll. sur l’évolution de la consommation de boissons sucrées par les enfants, ne fait pas de distinguo entre les purs jus de fruits et les autres produits (2). Il préconise toujours une réduction globale des boissons sucrées chez les enfants.

* Les « fluid ounces » ont été converties en ml sur la base de 1 fl oz=30ml.

Dr Jean-Marc Retbi

Références
1) Nicklas TA et coll. : Association between 100 % juice consumption and nutrient intake and weight of children aged 2 to 11 years. Arch Pediatr Adolesc Med 2008 ; 162 : 557-565
2) Wang YC et coll. : Increasing caloric contribution from sugar-sweetened beverages and 100% fruit juices among US children and adolescents 1988-2004. Pediatrics 2008 ; 121 : e1604-e1614

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Vos réactions (1)

  • Jus de fruit: Piège à ...sauf pour l'industrie de transformation

    Le 15 juin 2008

    Le plaisir du goût des fruits est dans la bouche et non dans l'estomac.
    Le plaisir du goût naît de la mastication qui exhale les goûts(les oenologues vous le dirons.
    La mastication allonge le contact avec l'aliment elle permet d'être satisfait avec des quantités moindres.
    Parents, manger(mastiquer)des fruits(de saison, c'est plus écologique)le matin, vos enfants vous imiteront !

    Charles Harry Antelin

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