Faut-il revoir la stratégie de prévention des infections néonatales à streptocoque B ?

Les recommandations de l’ANAES visant à prévenir les infections néonatales précoces (INP) à streptocoque B (SB), par le dépistage du portage vaginal de ce germe en fin de grossesse et l’antibioprophylaxie per partum, ont été largement diffusées. Leur application à l’échelle d’une maternité française fait enfin l’objet d’une évaluation prospective.

L’étude s’est déroulée dans un grand hôpital de Lille (niveau 3 ; 4 500 accouchements/an), sur un an (2005). Elle a apprécié la performance des deux mesures préventives sur 4 353 couples mères-enfants, du double point de vue de la « couverture » et de l’efficacité.

Un prélèvement vaginal (PV) de dépistage a été réalisé chez 91,8 % des femmes incluses, mais pas toujours dans le créneau de 34-38 semaines. Il n’a été oublié que dans 2,4 % des cas. Le reste des participantes avait soit l’équivalent d’un portage vaginal (bactériurie, antécédent d’INP à SB) soit pas de PV du fait d’un accouchement prématuré ou d’une grossesse non suivie).

Le taux du portage vaginal du SB s’est élevé à 7% des femmes dépistées (283/3 998).

En cas de PV positif, 90 % des femmes ont reçu un antibiotique pendant le travail mais 2,1 % (6/283) y ont échappé, sans motif valable.

En rajoutant les bactériuries et les antécédents d’INP ainsi que les femmes qui ont reçu des antibiotiques en l’absence de PV, c’est au total 12,3 % des femmes incluses (537/4 353) qui ont bénéficié d’une antibioprophylaxie du SB, avec de l’amoxicilline le plus souvent.

Le taux de transmission materno-fœtale du SB (infection ou colonisation) a été de 3,2 % parmi les 375 femmes porteuses d’un SB vaginal ou urinaire. Curieusement, les enfants des 28 mères non traitées pendant le travail n’ont été ni colonisés ni infectés.

Les INP à SB (n=39, dont deux septicémies) représentent 60 % des INP avec germe identifié, l’incidence étant de 9 pour 1000 naissances. A l’exception d’un accouchement prématuré sans PV ni antibiotiques, soit les mères concernées avaient reçu une antibioprophylaxie du SB (12 cas, dont 7 avec au moins 2 injections), soit leur PV était négatif (26 cas, dont 10 avec antibiotiques).

Les deux septicémies ont touché des enfants à terme dont les mères avaient un PV négatif.

L’antibiothérapie anténatale a multiplié par deux le risque de résistance à l’ampicilline des bacilles à Gram négatif isolés chez les nouveau-nés (Risque Relatif=2 ; IC95 %=1,1-3,8).

Dans une démarche exemplaire, l’équipe obstétrico-pédiatrique de la maternité Jeanne de Flandre ne s’est pas contentée d’appliquer des recommandations ; elle a aussi évalué leur efficacité. Ce faisant, elle montre que, malgré une bonne couverture par des mesures préventives, le risque d’INP à SB subsiste. Ce risque a probablement diminué, ainsi que le suggère une comparaison historique (incidence=13,4 p.1000, en 1997), mais il n’a pas disparu. La négativité des PV dans certaines INP à SB peut résulter d’un portage vaginal intermittent. Mais les échecs de l’antibioprophylaxie sont plus difficiles à comprendre. Il faut donc développer d’autres stratégies, telles que le dépistage du SB en salle de travail ou la vaccination anti-SB.

Dr Jean-Marc Retbi

Référence
Thibaudon Baveux C et coll. Prévention des infections bactériennes néonatales précoces à streptocoque B. L’expérience du CHRU de Lille en 2005. J Gynecol Obstet Biol Reprod (Paris). 2008; 37 : 392-399

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