Complications oculaires du traitement par imatinib

Les inhibiteurs de tyrosine kinase, bien que considérés comme des traitement ciblés, ne le sont en vérité pas tout à fait. L’imatinib, traitement de référence dans la leucémie myéloïde chronique (LMC), ne cible pas seulement l’oncoprotéine tyrosine kinase bcr-abl, mais agit également sur la kinase abl normale, ainsi que le récepteur du PDGF et c-kit, réarrangés et sauvages.

Parmi les effets indésirables de l’imatinib, les « œdèmes » péri-orbitaires sont bien connus, le plus souvent de faible grade et non gênants, mais très fréquents. Une obstruction du canal lacrymal avec larmoiement anormal a aussi été décrite. Ici, les auteurs ont au sein d’une série rétrospective de 250 patients, tenté de cerner les complications oculaires de l’imatinib. Parmi ces patients, 214 étaient en phase chronique tardive sous imatinib à 400 mg/j puis pour certains secondairement à 600 ou 800 mg/j, et 36 en phase accélérée ou blastique traités par imatinib entre 600 et 800 mg/j. Aucun n’avait présenté de complications oculaires sous interféron auparavant.

Un œdème périorbitaire de grade 1 a été constaté chez 70 % des patients, sans nécessité de traitement particulier. Chez 30 % des patients, un œdème de grade 2 ou 3 a conduit à la mise sous diurétiques. Il n’est pas précisé si ces œdèmes plus sévères s’accompagnaient d’œdèmes périphériques de localisation autre. Treize patients soit 6 % ont présenté des événements indésirables oculaires plus sévères. Dans 4 cas une augmentation de la pression intraoculaire a été constatée  avec trouble de la vision chez 1 patient et hémorragies conjonctivales récidivantes chez un autre. Un des malades présentait un facteur de risque (myopie) et 3 des 4 patients recevaient l’imatinib à forte dose (800 mg/j). Cet événement indésirable a nécessité l’arrêt de l’imatinib dans un cas, les autres patients ont été traités de manière symptomatique avec réduction de la posologie de l’imatinib dans 2 cas.

Deux cas de glaucome sont survenus (angle ?) avec hémorragies intra-vitréennes dans 1 cas et 2 des patients présentaient des facteurs de prédisposition (HTA, diabète). L’imatinib a été interrompu avec traitement symptomatique, puis repris sans problèmes. Deux cas d’hémorragies intra-vitréennes récidivantes ont été observés (dont l’un associé à un glaucome voir supra), dans les 2 cas, il existait des facteurs prédisposants (HTA, myopie). Enfin, 5 cas d’hémorragies conjonctivales récidivantes sont décrits dont l’un avec hémorragie cornéenne avec dans 2 cas des facteurs prédisposants (HTA, myopie). Le traitement a consisté en des corticostéroïdes locaux sans interruption de l’imatinib.

Enfin, un cas de névrite optique a été rapporté, qui a nécessité l’arrêt de l’imatinib, et un traitement par corticothérapie systémique et vitaminothérapie locale. Ces événements indésirables oculaires plus sévères sont survenus un peu moins fréquemment à la dose de 400 mg/j qu’à la dose de 800 mg/j d’imatinib, et en cas de traitement à forte dose, leur délai de survenue était plus court (délai médian dose standard : 17,5 mois (1-53), délai médian forte dose 9 mois (1-24)). Les auteurs suggèrent l’implication de la voie PDGF-R dans la physiopathologie de ces accidents. Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une publication simple mais très utile pour le clinicien de terrain gérant les patients car chacun d’entre nous au sein de sa consultation a été confronté, bien sûr aux « œdèmes » péri-orbitaires mais également aux hémorragies conjonctivales récidivantes. « Œdème » est mis entre parenthèses car notre équipe avait constaté que le gonflement périorbitaire n’était pas toujours lié à un œdème, mais parfois à une infiltration de type « Basedow » sans dysthyroïdie et dans ce cas insensible aux diurétiques (congrès de l’EHA 2007).

Dr Delphine Rea

Référence
Breccia M et coll. : Ocular side effects in chronic myeloid leukemia patients treated with imatinib. Leukemia Research. 2008; 32 : 1022-1025.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article