Reconstruction du ligament croisé antérieur selon la méthode de Kenneth-Jones en France : 10 ans de suivi et de (très) bons résultats

Les reconstructions du ligament croisé antérieur ont évolué avec le temps. Actuellement, c’est la technique os-tendon-os qui semble prévaloir, technique dans laquelle le tiers moyen du tendon rotulien est prélevé, avec ses 2 blocs osseux d'insertion. Cette autogreffe prélevée par 2 courtes incisions sous-cutanées est mise en place sous arthroscopie en lieu et place du ligament croisé antérieur, et maintenue par 2 vis résorbables. Le taux de satisfaction du patient est généralement très élevé et les résultats cliniques excellents, du moins à court et à moyen terme. Mais le devenir arthrosique de ces patients est encore peu connu, ce que Benoît Lebel, et une équipe du Département de Chirurgie Orthopédique et Traumatologique du CHU de Caen, a examiné dans une étude prospective débutée en 1992.

Les 101 reconstructions arthroscopiques effectuées dans son service selon la méthode de Kenneth-Jones, et suivies durant 10 ans au moins, ont servi de base à son analyse. Les patients âgés en moyenne de 28,8 + 8,3 ans au départ, ne pouvaient pas avoir eu de chirurgie antérieure sur le ligament croisé antérieur et ne devaient pas avoir de lésions ligamentaires associées.
 
L’évolution des patients a été évaluée selon le score IKDC (International Knee Documentation Committee) version 2000, un score subjectif fonctionnel, et la mesure quantitative de la laxité a été effectuée avec une arthromètre KT–1000. Enfin, l’espace articulaire a été calculé en charge et en vision postéro-antérieure avec angulation de 30°.

Après un suivi moyen de 11,6 ± 0,8 ans, 9 ruptures de tendon ont été constatées. L’indice de satisfaction était excellent (90 %) ; 70 patients (74 %) étant toujours actifs sur le plan sportif. Le score IKDC 2000 moyen était de 90,5 ± 8,8 points sur un maximum de 100 points (un résultat de 100 signifiant qu'il n'y avait aucune limite aux activités quotidiennes et sportives et pas de symptômes). Ce score était significativement corrélé avec la laxité, le délai après la lésion initiale et la survenue d’une arthrose.

Enfin, 91 % des patients avaient un score 0 (normal) ou 1A (lésions superficielles, entaille en surface) ou 1B (lésions superficielles, scissures et/ou fissures superficielles). Quant à l’examen radiographique, il a montré le développement d’une arthrose chez 17,8 % des patients, et des anomalies radiographiques chez 39 %. La survenue d’une arthrose était, par ailleurs, corrélée avec l’IMC (p=0,01) et l’âge au moment de l’évaluation (p=0,006).
Si l’on considère de manière plus spécifique la population sans atteinte méniscale ni lésion cartilagineuse au départ, l’incidence de l’arthrose n’a été que de 8 %.

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Référence
Lebel B et coll. : Arthroscopic reconstruction of the anterior cruciate ligament using bone–patellar tendon–bone autograft. A Minimum 10-Year Follow-up. The American Journal of Sports Medicine 2008 ; 36 (7) : 1275-82.

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