Suicide, sexe et déprime

En matière d’autolyse, la déprime passe pour l’antécédent le plus significatif. Pourtant, l’épidémiologie du suicide et celle de la dépression ne sont pas exactement superposables. En effet, les suicides effectifs sont 3 à 4 fois plus fréquents chez les hommes que chez les femmes, alors que la prévalence des tentatives de suicide (TS) est au contraire plus grande chez les femmes. Comment expliquer ce décalage, observé dans la plupart des pays ? On avance certaines hypothèses :
– les hommes seraient plus « martiaux » jusqu’envers eux-mêmes et utiliseraient des moyens plus radicaux dans leurs tentatives, lesquelles aboutiraient donc plus souvent à la mort ;
–les TS des femmes auraient plus volontiers valeur d’appel à l’aide auprès de leur entourage ou des soignants ;
– il est aussi possible que la thématique dépressive soit davantage stigmatisée chez les hommes (pour des motifs culturels par exemple), d’où leur plus grande réticence à l’évoquer préalablement à une réalisation suicidaire, prenant alors le masque de l’inattendu.

Menée en Norvège sur plus de 50 000 personnes âgées d’au moins 20 ans, une étude prospective a montré que le risque de suicide associé à un contexte anxio-dépressif («mixed anxiety and depression») est deux fois plus élevé chez les hommes (0,11 %) que chez les femmes (0,05 %). Bien que faiblement significative dans sa pertinence statistique, cette différence liée au sexe pourrait traduire soit un profil dépressif plus sévère chez les hommes faisant état de troubles anxio-dépressifs (peut-être en raison de perceptions différentes sur la stigmatisation attachée à la maladie mentale), soit des comportements distincts dans la façon dont les hommes répondraient à la dépression (notamment en matière d’automédication ou/et pour solliciter une aide extérieure.

Suscitant donc une approche phénoménologique de la dépression et du suicide, cette étude rappelle aussi que le cerveau constitue en fait le véritable organe sexuel, avec ses nuances d’orchestration d’un sexe à l’autre. Comme le fonctionnement de l’axe hypothalamo-antéhypophysaire qui imprime une physiologie plus cyclique chez la femme.

Dr Alain Cohen

Référence
Bjerkeset O et coll. : Gender differences in the association of mixed anxiety and depression with suicide. Br Journal of Psychiatry (juin 2008) ; 192 : 474-475.

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