Pourquoi les responsables de l’étude Interphone restent-ils aphones ?

Lyon, le lundi 4 août 2008 – Alors que se sont multipliés ces derniers mois les appels à la prudence quant à de supposés dangers sanitaires liés aux radiofréquences émises par les téléphones portables, les autorités publiques ont voulu se montrer rassurantes en indiquant que les résultats de l’étude Interphone permettraient bientôt de disposer de données plus précises sur la question. Cette promesse n’apaise cependant pas totalement les inquiétudes de ceux qui sont persuadés des méfaits des téléphones portables. Ils voient notamment dans le silence des responsables de l’étude Interphone un inquiétant présage.

Ca cache « forcément » quelque chose !

Lancée en 2000 par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), antenne de l’Organisation mondiale de la Santé, Interphone repose sur les résultats de multiples études nationales menées dans treize pays, dont la France. Alors que ces différentes enquêtes ont commencé entre 2000 et 2002, le recueil des données s’est pour sa part achevé il y a plus d’un an et demi. Pourtant, outre la publication indépendante des résultats de neuf études, aucune conclusion globale n’a pour l’heure été donnée par les promoteurs d’Interphone. Il n’en fallait pas plus aux lanceurs d’alerte en tous genres pour estimer que ce silence était le signe d’une pression exercée par les opérateurs de téléphone mobile face à des résultats compromettants. « Plus on attend, plus la rumeur enfle sur le thème : « les informations ne sortent pas parce que les conclusions des chercheurs sont alarmantes et qu’ils subissent des pressions pour ne rien dire ! ». Or ce n’est pas le cas », résumait récemment dans l’Express, Martine Hours, responsable du volet français de l’étude.

Biais

Sans qu’aucune pression ne pèse sur les scientifiques, le retard de publication s’explique plus certainement par la difficulté d’obtenir un compromis entre les différents chercheurs. « Nous venons de passer un an et demi à clarifier les biais possibles dans l’étude, à revoir les analyses et à essayer de nous mettre d’accord sur l’interprétation et une rédaction des résultats » explique, cité par le Monde, le professeur Elisabeth Cardis, directrice d’une équipe au Centre de recherche en épidémiologique environnementale (CREAL) de Barcelone. La difficulté réside dans le fait que certaines études ont mis en évidence un risque accru très faible de tumeurs chez de gros utilisateurs, mais que ces résultats ne sont pas significatifs d’un point de vue statistique. Si un tiers des responsables d’Interphone estiment que ces conclusions relèvent effectivement du biais statistique, un second tiers n’exclut pas l’existence d’un effet délétère des ondes de radiofréquence et le dernier estime qu’il est impossible de trancher. Aussi, de « gros efforts de compromis » ont-ils été nécessaires, explique encore le professeur Elisabeth Cardis, alors que les résultats définitifs devraient enfin être connus cet automne.

A.H.

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