Pénurie de professionnels de santé dans les pays pauvres et essoufflement de la recherche : les enjeux de Mexico

Mexico, le jeudi 7 août 2008 – Tant les organisateurs onusiens de la Conférence internationale sur le Sida que les représentants des ONG et des associations nationales semblent animées par le même but : démonter qu’en dépit de l’absence de la plupart des grands dirigeants de ce monde, cette réunion demeure un point de rencontre essentiel pour évoquer les différents enjeux de la lutte contre le VIH. C’est ainsi que les conférences se sont multipliées ces derniers jours, destinées à évoquer, entre autres, la façon dont les pays d’Afrique tentent de faire face à l’extrême pénurie de professionnels de santé, l’inquiétant essoufflement de la recherche autour d’un vaccin et les espoirs suscités par ce que l’on nomme aujourd’hui la « prévention combinée ».

Transferts de compétence

Médecins sans frontière (MSF) a ainsi proposé en début de semaine une réunion sur la désertification médicale massive qui touche la plupart des pays d’Afrique subsaharienne. La lumière a été faite, en guise d’exemple, sur la situation qui prévaut au Malawi qui compte 1,2 médecins et 28 infirmières pour 100 000 habitants. Cette très faible densité médicale s’explique par les nombreux décès qu’a provoqué le Sida ces dernières décennies dans le corps médical, mais également par l’exil de nombreux professionnels de santé vers les pays occidentaux. Les conditions de vie et de travail des médecins et infirmières d’Afrique subsaharienne sont en effet très difficiles. « Une infirmière garde en vie 400 patients en leur donnant leur traitement, mais elle n’est payée que trois dollars par jour » a ainsi indiqué Moses Massaquoi, coordinateur de l’antenne malawite de MSF. Face à cette situation, plusieurs pistes doivent être explorées. C’est ainsi qu’au Malawi, les « agents de santé » ne font désormais plus partie de la fonction publique, ce qui a permis d’augmenter les salaires. Dans cette lignée, les ONG « demandent des budgets au Fonds mondial pour financer des hausses de salariés » explique MSF, bien qu’elle n’ignore pas que le Fonds soit en priorité réservée à l’achat de traitements. Par ailleurs, dans ces pays pauvres, les transferts de compétence entre les infirmières et les médecins sont de plus en plus fréquents. C’est une chance à saisir pour réorganiser les systèmes de santé des pays pauvres estime l’ONUSIDA ou encore le professeur Jean-François Delfraisy, directeur de l’Agence française de recherches sur le sida et les hépatites virales.

Vaccin : une recherche fondamentale

La conférence de Mexico a fait émerger d’autres interrogations essentielles qui concernent notamment la recherche autour d’un vaccin. Depuis désormais plus de deux décennies, ce vaccin est présenté comme l’eldorado à atteindre, mais il semble en cette année 2008 que les chances de succès se soient encore un peu plus émoussées, comme en a témoigné l’arrêt en septembre 2007 de l’essai Step, face à l’inefficacité de la substance évaluée. Pour de nombreux observateurs, il est cependant exclu de renoncer : « L’échec fait partie de la recherche scientifique et il y a de nombreuses leçons à tirer de l’arrêt de l’essai Step » a ainsi analysé Alan Bernstein, directeur exécutif de Global HIV Vaccine Enterprise, lors d’une conférence de presse sur ce sujet mardi. L’un de ces enseignements serait la nécessité de se retourner vers la « recherche fondamentale » selon lui. De son côté, l’International Aids Vaccine Initiative (IAVI) qui a présenté son « plan 2008 » estime qu’il serait nécessaire de « réaffecter les ressources de la majorité des candidats vaccins (…) les moins prometteurs vers la résolution des problèmes scientifiques cruciaux ».

Mettre toutes les chances de son côté

Dans l’attente de ce vaccin et alors que l’accès aux traitements ne progresse que lentement, c’est toujours la prévention qui demeure la principale arme contre la maladie. Mexico a choisi de faire de la mise en place d’une véritable politique de prévention « combinée » un enjeu majeur. Il s’agit d’une « prévention » qui, comme son nom l’indique, allie différentes méthodes : le préservatif, mais également la circoncision, la lutte contre l’échange de seringues ou encore le changement des comportements sexuels. « Les gouvernements, les communautés et les chercheurs doivent mettre en application une prévention combinée et la communauté internationale doit mobiliser tout le soutien nécessaire pour cet effort », ont déclaré le directeur de l’Onusida Peter Piot et ses collègues dans un appel publié par la revue britannique le Lancet hier. Dans cette tribune, Peter Piot affirme que douze millions d’infections pourraient être évitées si une politique de prévention combinée était réellement mise en place.

Où est la France ?

Enfin, conférence politique autant que médicale, la réunion de Mexico n’a pas failli à la tradition, comme en a par exemple témoigné le défilé hier dans les couloirs du palais des congrès de plusieurs militants français de l’organisation Act up, agitant en musique et plutôt joyeusement des panneaux où l’on pouvait lire : « Où est la France » ?

M.P.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article