Mexico parle à Pékin

Mexico, le lundi 11 août – Pékin est devenu le 8 août 2008 le point de mire du monde entier ; Et ? dans cet enthousiasme général, Mexico ne manquait pas à l’appel. De la grande ville d’Amérique latine, que nul ne songeait réellement à regarder, les responsables mondiaux de la lutte contre le Sida semblaient en effet s’adresser à ceux qui, dans les tribunes officielles du nid d’abeille, s’émerveillaient devant les somptueuses surprises de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. De Mexico, Michel Kazatchkine, directeur exécutif du Fonds mondial contre le Sida parlait à George Bush, à Nicolas Sarkozy ou à Vladimir Poutine, à ces trois représentants du G8 présents en Chine et remarquait : « Nous devrions (…) être inquiets de voir qu'à moins de deux ans de l'échéance de 2010 pour l'accès universel (aux traitements anti-rétroviraux, ndrl), le G8 n'a fourni qu'à peine plus d'un tiers des ressources qu'il a promises ».

Certes, l’attitude de la communauté internationale s’est significativement transformée au cours des dix dernières années : de 500 millions d’euros par an, la contribution annuelle à la lutte contre le sida est passée à dix milliards de dollars. Michel Kazatchkine a d’ailleurs fait remarquer dans son discours de clôture que : « Dans le combat contre le sida, nous avons créé le mouvement le plus dynamique pour la santé et la justice que le monde ait jamais vu ».

Cependant, les besoins restent très importants et ne devraient que croître au cours des prochaines années : la crainte d’un essoufflement des pays riches quant à leur participation à la lutte contre le Sida semblait dans tous les esprits à Mexico. L’inquiétude est d’autant plus vive que l’incertitude demeure quant aux besoins réels : l’ONUSIDA estime que 54 milliards d’euros par an seront nécessaires en 2015 pour garantir l’accès universel aux traitements, contre une moyenne de 42 milliards d’euros par an en 2010. Pour le président d’un organisme américain de recherche sur le vaccin, Seth Berkley, le compte est loin d’être juste : le coût du traitement à vie de tous les patients s’élèvera selon lui à 90 milliards d’euros par an d’ici 2015. 

Passivité

Face à ce défi économique majeur, la nécessité d’adopter une nouvelle stratégie a été soulevée à plusieurs reprises dans le cadre de la conclusion de la conférence mexicaine. Le directeur de l’Agence française de recherches, Jean-François Delfraisy, a ainsi souligné qu’il serait plus judicieux de pouvoir s’appuyer sur des « financements pérennes » plutôt que sur des subventions annuelles. Pour Peter Piot, directeur exécutif de l’ONUSIDA, la lutte contre la maladie s’enrichirait d’une répartition plus judicieuse des fonds. « Bon nombre de pays recevant des financements internationaux, comme la Chine ou le Mexique, peuvent assumer le coût de la prévention et des soins contre le VIH. Cela permettrait de concentrer les financements sur les pays qui ne peuvent pas les payer », a-t-il fait remarquer, alors même que la Russie a choisi de rendre 300 millions de dollars qui lui avaient été alloués par le Fonds mondial contre le Sida. Cette analyse pertinente de celui qui quittera l’ONUSIDA dans quelques mois n’a cependant pas permis de satisfaire tous les participants. Certains, comme l’ancien envoyé spécial de l’ONU pour le sida en Afrique, Stephen Lewis reprochent en effet à l’ONU sa « passivité » face au fléau mondial.

M.P.

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