Du papillomavirus dans le lait humain : une explication osée !

La question est peut-être moins anecdotique qu’il y paraît, si on veut bien se souvenir que certains virus, dont le VIH, peuvent infecter le nouveau-né par ce biais ou que le HPV, lui-même, a déjà été mis en évidence dans des cellules de la muqueuse orale des enfants et qu’il peut infecter le mamelon et l’aréole des femmes adultes. Mais aussi que les HPV 16 et 18 immortalisent in vitro un épithélium normal de sein alors que la question de l’éventuelle responsabilité du virus dans certains cancers locaux a été posée.

Pour apporter quelques éléments de réponse et évaluer les modes de transmission du HPV à l’enfant, une équipe finlandaise a testé 223 laits humains par PCR à J3 en post-partum et a réalisé un questionnaire destiné à évaluer les facteurs de risque infectieux, y compris du coté masculin. Il est apparu qu’un  peu  moins de 5 % des mères (finlandaises ?) délivraient un lait au HPV et qu’il n’existait aucune corrélation avec le statut viral oral ou génital du moment, mais avec un portage oral de la mère 6 et 12 mois après la naissance.

Il reste maintenant à se livrer à la phase la plus délicate de l’opération, celle de l‘interprétation de ces résultats. L’hypothèse de M. Sarkola est osée. Selon elle, les HPV pourraient être transmis par le partenaire mâle (hébergeant un virus salivaire) à la poitrine de sa compagne après l’arrivée de bébé. Le virus se propagerait ensuite de façon rétrograde via le mamelon, l’aréole, les canaux lactifères et les sinus. A deux mois, la corrélation ne serait pas encore significative, ce qui fut effectivement le cas au cours de cette étude. Et elle le deviendrait ensuite. Pourquoi pas ? Certaines hypothèses a priori hasardeuses font parfois leur chemin, et l’auteur prend bien soin de préciser qu’elle s’est entourée d’un maximum de précautions techniques, consciente que les HPV génitaux humains se comportaient parfois en vulgaires contaminants des surfaces…

Ce travail d’apparence très préliminaire demande évidemment à être poursuivi. On aimerait savoir si ces laits contaminés sont réellement infectants, dans quelle proportion et pour quelle pathologie. Et aussi, peut-être, quel était le statut vaccinal des mères porteuses. Une suite que nous nous empresserons de rapporter si M. Sarkola et coll. la publient un jour.

Dr Jack Breuil

Référence
Sarkola M et coll. : Human papillomavirus DNA detected in breast milk. The pediatric infectious disease journal 2008 ; 6 : 557-8.

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