L’équipe du Prostate, Lung, Colorectal, and Ovarian (PLCO) Trial
Project, du National Cancer Institute de Bethesda, s’est penchée
sur la relation associant éventuellement diabète et cancer de la
prostate. Rappelons que ces affections représentent toutes deux de
véritables problèmes de santé publique. Le diabète touche aux
États-Unis près de 10 % de la population et est une cause majeure
de morbidité et de mortalité. Quant au cancer de la prostate, il
occupe le deuxième rang pour la mortalité liée au cancer.
Cette équipe a examiné, de façon prospective, la relation entre
diabète et cancer de la prostate chez 33 088 hommes inclus dans le
bras dépistage du PLC Trial Project, essai multisites américain,
randomisé, contrôlé, visant à évaluer les méthodes de détection
précoce des quatre cancers figurant dans son appellation :
prostate, poumon, côlon-rectum et ovaire.
Dans cette population d’étude, 3 024 sujets (9,1 %) ont rapporté
l’existence d’un diabète diagnostiqué par un médecin, sans
distinction entre diabètes de type 1 et de type 2 (ce dernier
concernant ici 95 % des cas). La médiane d’âge était de 64 ans
(59-68 ans) chez les sujets ayant rapporté un diabète, de 62 ans
(58-66 ans) chez ceux n’ayant pas signalé une telle affection. Les
premiers avaient un indice de masse corporelle (IMC) médian de 28,7
(25,9-32) et les seconds de 26,8 (24,6-29,6).
Au cours d’un suivi de 8,9 ans, 2 058 cas incidents de cancer de
la prostate ont été identifiés.
L’évaluation a pris en compte de nombreux facteurs potentiels
confondants et effectué des ajustements sur l’âge, l’ethnie, le
niveau d’éducation, les antécédents familiaux de cancer de la
prostate, la prise d’aspirine, le tabagisme, l’IMC, la taille et
l’activité physique.
L’existence d’un diabète s’est avérée associée à une réduction
significative du risque total de cancer de la prostate (risque
relatif [RR]= 0,80 ; intervalle de confiance à 95 % [IC95] de 0,68
à 0,95). L’analyse montre que cette apparente protection apportée
par le diabète était principalement liée à une relation inverse
entre diabète et cancer de la prostate non agressif, de faibles
grades (score de Gleason inférieur à 8) et stades (stades cliniques
I et II), avec un RR de 0,75 (IC95 de 0,62 à 0,91).
À L’opposé, elle ne met pas en évidence d’association entre
diabète et cancer de la prostate agressif, de haut grade (score de
Gleason atteignant ou dépassant 8) et de stade avancé (stades III
ou IV) (RR = 1,04 ; IC95 de 0,74 à 1,45). Ni les ajustements plus
poussés sur la nycturie et sur l’existence d’un antécédent
d’hypertrophie bénigne de la prostate, ni l’exclusion des cas
diagnostiqués au cours de la première année de suivi, n’ont modifié
les estimations de risque.
L’analyse selon l’IMC, suggère chez les hommes dont l’IMC était
inférieur à 25, et chez ceux ayant le plus haut niveau d’activité
physique (plus de trois heures d’exercice physique intense chaque
semaine), une association positive entre diabète cancer de la
prostate agressif, avec des RR respectivement de 1,64 (IC95 de 0,87
à 3,07) et 1,63 (IC95 de 1,07-2,62).
Cette étude laisse apparaître des relations divergentes entre
diabète et cancer de la prostate. Elle associe, à l’existence d’un
diabète, une réduction de 20 % du risque total de cancer de la
prostate, portée surtout par une relation inverse entre diabète et
cancer non agressif de la prostate. Elle ne montre pas,
globalement, d’association entre diabète et cancer de la prostate
agressif, mais suggère une relation positive entre diabète et
cancer de la prostate agressif chez les hommes minces et chez ceux
ayant forte activité physique.
Dr Claudine Goldgewicht
Leitzmann MF et coll. : Diabetes mellitus and prostate cancer risk in the Prostate, Lung, Colorectal, and Ovarian Trial. Cancer Causes Control. Publication avancée en ligne le 11 juillet 2008.
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