A la recherche d’une origine infectieuse de la maladie d’Alzheimer

L’hypothèse infectieuse de la maladie d’Alzheimer (MA) ne date pas d’aujourd’hui puisque l’on trouve dans certains dossiers médicaux des années 1950 de précises descriptions d’antécédents infectieux cherchant à expliquer, chez des jumelles aux modes de vie très similaires, l’apparition de l’affection chez l’une et pas chez l’autre. Une recherche étiologique acharnée qui ne s’est jamais démentie, boostée dès l’origine par l’histoire des encéphalopathies à prions -maladie de Creutzfeld–Jakob et Kuru- initialement attribuées à l’herpes simplex ou à Chlamydia psitacci. Dernier mis en examen : Chlamydophila pneumoniae (Cp). Une association sur laquelle, si l’on en croît TL. Stalling, l’attention scientifique devrait se focaliser de plus en plus dans un avenir proche, au point qu’une revue générale du sujet s’impose. Retour, donc, sur ce qu’on connaît aujourd’hui du sujet.

L’une des premières études à avoir suggéré un rôle pour C. pneumoniae est celle de Balin et coll. menée en 1998 sur 19 autopsies. La recherche de Cp en PCR sur des coupes de cerveaux au niveau de l’hippocampe, du cervelet, des cortex préfrontal et temporal s’est avérée positive à 90 % alors que des lésions caractéristiques étaient mises en évidence en microscopie électronique et que le groupe témoin restait indemne.

Affaire réglée ? Que nenni, puisque 4 ans plus tard, Taylor et coll., cherchant à conforter l’hypothèse, retrouvaient des résultats exactement opposés… Tout était à redémontrer mais les nouvelles données continuaient d’être incertaines, aucune étude ne développant une puissance suffisante pour emporter définitivement l’adhésion.

Au total cependant, pour TL. Stalling, « les études examinant l’association de Cp et de la maladie d’Alzheimer sont limitées, mais les autopsies fournissent des données montrant la présence [de germes] à proximité des zones associées à la maladie, et à la charge bactérienne ».

Les estimations d’incidence de la MA varient de 7,03 à 23,8 pour 1000 personnes/année, en fonction des populations étudiées et des techniques de diagnostic utilisées ; les études incluant les sujets de plus de 90 ans donnant évidemment les taux les plus élevés. Une analyse de référence réalisée aux USA estimait récemment que le nombre des malades passerait des 360 000 de 1997 à 1,14 million en 2047. De tels chiffrent suffisent à eux seuls à expliquer que toutes les hypothèses étiologiques possibles et imaginables sont ou seront testées dans les années à venir. Celle de C. pneumoniae n’est peut-être pas la meilleure, ce n’est pas la pire non plus.

Dr Jack Breuil

Référence
Stallings TL : Association of Alzheimer’s disease and Chlamydophila pneumoniae. Journal of Infection 2008 ; 56 : 423-31.

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Vos réactions (1)

  • A la recherche d’une origine infectieuse de la maladie d’Alzheimer

    Le 14 août 2008

    Cette recherche aurait un sens si LA maladie d'Alzheimer en avait un. On groupe en effet sous ce nom un conglomérat provisoire de syndromes anatomo-cliniques d'expression voisine, mais dont les causes, et donc les individualités nosologiques, sont évidemment diverses [Voir : J.-F. Foncin, Réflexions à partir de l’importance de la notion de cause dans la classification des « maladies » In: Peut-on classer le vivant ? Linné et la systématique aujourd’hui. D. Prat, A. Raynal-Roques, A. Roguenant (Édit.), pp.99-105, Éditions Belin, Paris, 2008]. Certaines des formes, surtout précoces, de "Maladie d'Alzheimer" sont de causes génétiques diverses, mais identifiées, et de transmission mendélienne. Dans d'autres, surtout d'expression tardive, cette transmission mendélienne est masquée par la "censure" statistique due à des décès d'autre cause et par la répartition stochastique de l'âge d'expression. En tous cas, prendre un grand nombre de cas de maladie d'Alzheimer "tout venant" et en chercher "LA" cause est évidemment voué à l'échec.

    Jean François Foncin
    j.f.foncin@wanadoo.fr

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