La dépression, bien autre chose que le spleen

La dépression n’est-elle qu’une expression de détresse existentielle ou la traduction clinique d’un trouble organique sous-jacent ? L’American Journal of Psychiatry consacre un article aux effets cérébraux de la dépression. Documentée sur plus de 8 000 patients déprimés (ambulatoires, avec la participation de 3 375 médecins), cette étude française* évalue l’incidence « toxique » de la dépression sur le cerveau, et plus particulièrement sur l’hippocampe. Elle valide l’hypothèse d’un lien entre troubles dépressifs et troubles mnésiques, évaluables par des tests de la mémoire (plus pratiques qu’une imagerie par résonance magnétique ou émission de positrons) et superposables à une atrophie de l’hippocampe dont on connaît le rôle dans la mémoire.

La corrélation inverse observée entre taille de l’hippocampe et  durée et fréquence des épisodes dépressifs plaide en faveur d’un lien physiopathologique (cause ou conséquence ?) entre le cours de la dépression et l’altération de la mémoire. Des méta-analyses confirment cet amenuisement de l’hippocampe et la corrélation particulière entre le nombre total des épisodes dépressifs et l’atrophie de l’hippocampe droit, probablement imputable aux effets neurotoxiques du stress (avec médiation hormonale par le cortisol). Les auteurs y voient un impact important en santé publique, en raison de l’avantage à traiter au mieux les troubles dépressifs, à contrer leur risque de récurrence pour réduire d’autant celui d’une atrophie de l’hippocampe.

Au passage, cette étude confirme l’enracinement probable de la dépression dans l’organicité, donc dans la médecine : il s’agit bien d’une maladie, puisqu’elle s’accompagne (ou/et résulte) de phénomènes objectifs comme une atrophie de l’hippocampe, et pas seulement (comme certaines conceptions de l’antipsychiatrie le laissent entendre) d’une marque « sociologique », « philosophique » ou « poétique » (voir le spleen baudelairien) de l’existence.

*INSERM, Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, avec la collaboration du service psychiatrique de l’Université d’Oxford (Grande-Bretagne).

Dr Alain Cohen

Références
Gorwood P et coll. : Toxic effects of depression on brain function : impairment of delayed recall and the cumulative length of depressive disorder in a large sample of depressed outpatients. Am J Psychiatry, 2008, 165 (6) : 731-739.

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