Echec retentissant du gel de sulfate de cellulose dans la prévention de la transmission vaginale du VIH

Selon les statistiques les plus récentes (2007), émanant du programme VIH/SIDA des Nations Unies, plus de 33 millions de malades, à l’échelon mondial, seraient séropositifs ou carrément atteintes d’un SIDA, dont 15,4 millions de femmes. En Afrique sub-saharienne, les femmes représentent plus de 50 % de la population infectée par le VIH. Les normes socioculturelles en vigueur dans ces régions du globe rendent quasiment impossible l’usage du préservatif. La circoncision permettrait de prévenir la transmission du VIH, mais son application dépend entièrement de la bonne volonté des sujets de sexe masculin. Il reste les agents topiques, en principe doués de vertus antimicrobiennes, qui sont d’ailleurs en cours d’évaluation. Parmi les candidats, figure en bonne place le sulfate de cellulose qui, d’un point de vue biologique et in vitro serait actif contre les types 1 et 2 du VIH (VIH-1 et VIH-2), mais aussi vis-à-vis d’autres maladies sexuellement transmissibles, par exemple, celles liées à Neisseria gonorrhoeae et Chlamydia trachomatis.. Le gel de sulfate de cellulose (GSC) serait la forme galénique la mieux tolérée, en tout cas dénuée de tout effet indésirable significatif, dans les deux sexes.

Qu’en est-il de son efficacité ? Malheureusement, les résultats d’une étude randomisée, menée à double insu contre placebo ne sont guère encourageants, celle-ci ayant même été interrompue avant son terme, lorsque les analyses intermédiaires ont révélé une augmentation probable du risque d’infection par le VIH chez les utilisatrices du GSC vaginal. L’essai multicentrique s’est déroulé en Afrique et en Inde. L’analyse des données a reposé sur le test du log-rank. Au total, 1 398 femmes ont été incluses pour recevoir le GSC (n=706) ou le placebo (n=692). Au cours du suivi, 41 infections par le VIH ont été décelées dans le groupe traité, versus 16 dans le groupe placebo, avec un risque relatif (RR) de 1,61 dans le premier de ces groupes (p=0,13). Ces résultats non significatifs contrastent avec ceux de l’analyse intermédiaire des données qui a conduit à un arrêt prématuré de l’étude, le RR étant en effet ici de 2,23 (p=0,02). Le risque de gonorrhée ou d’infection à Chlamydia n’a pas été diminué par le GSC, comparativement au placebo, avec des RR respectivement estimés à 1,10 et 0,71. Cette étude randomisée, menée à double insu, démontre l’inefficacité du gel vaginal  de sulfate de cellulose dans la prévention des infections à VIH. Contrairement à toute attente, c’est même l’effet inverse qui serait atteint.

Dr Peter Stratford

Référence
Lut Van Damme et coll. : Lack of Effectiveness of Cellulose Sulfate Gel for the Prevention of Vaginal HIV Transmission. N Engl J Med 2008; 359: 463-472.

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