Efficacité surestimée de la vaccination antigrippale à prévenir la pneumonie chez le sujet âgé ?

Chaque année, l’épidémie de grippe est une cause importante de mortalité et de morbidité, tout particulièrement chez le sujet âgé.  L’une des complications les plus fréquentes et les plus graves est la pneumonie qui résulte soit d’une infection virale directe du parenchyme pulmonaire, soit d’une surinfection bactérienne. La vaccination antigrippale (VAG)  est censée diminuer la fréquence de telles complications, mais force est de reconnaître que ses bénéfices chez le sujet âgé sont actuellement controversés… à tort ou à raison.

Quelques essais randomisés suggèrent que la VAG réduit le risque de pneumonie chez les sujets âgés d’au moins 60 ans, en bonne santé apparente. Ses bénéfices, notamment en cas de maladie chronique sous-jacente, n’ont pas été bien évalués et les études contrôlées font là cruellement défaut. Les études d’observation ne peuvent compenser cette carence, du fait d’un grand nombre de facteurs de confusion, pimentés de biais divers et variés. Le fait qu’elles soient réalisées en milieu hospitalier n’arrange rien, car c’est au sein de la communauté que l’évaluation est la plus pertinente.

Une étude de population de grande envergure, du type cas-témoins intra-cohorte s’est penchée sur cette problématique qui sera bientôt à l’ordre du jour, l’automne n’étant pas loin. Les sujets inclus  en 2000, 2001 et 2002 étaient âgés de 65 à 94 ans (les cas et les témoins). Il n’y avait aucun déficit immunitaire sous-jacent. Les cas ont été définis, par la survenue d’une pneumonie acquise, soit en milieu hospitalier, soit au sein de la communauté. La maladie a été diagnostiquée à partir des observations médicales et des clichés thoraciques. Deux témoins appariés selon l’âge et le sexe ont été sélectionnés au hasard, ceci pour chaque cas. Les facteurs de confusion potentiels ont été pris en compte, qu’il s’agisse du tabagisme, de l’existence et de la sévérité d’une éventuelle maladie pulmonaire ou cardiaque, sans oublier les signes de vulnérabilité.

Au total, l’étude a inclus 1 173 cas et 2 346 témoins. Après ajustement en fonction des co-morbidités, il est apparu que la VAG n’avait aucun effet sur le risque relatif, en fait l’odds ratio (OR=0,92, NS) de pneumonie acquise pendant la saison de l’épidémie de grippe. L’OR a été en effet estimé à 0,92 (NS). L’efficacité de la VAG dans la prévention de la pneumonie pourrait être quelque peu surestimée, tout au moins chez le sujet âgé, en l’absence de tout déficit immunitaire patent.

Dr Peter Stratford

Référence
Jackson M et coll. Influenza vaccination and risk of community-acquired pneumonia in immunocompetent elderly people: a population-based, nested case-control study. The Lancet 2008; 372:398-405.

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