Trafic d’organes : après les JO, un autre regard sur la Chine

Pékin, le lundi 25 août 2008 – Pékin a proposé hier aux yeux du monde entier une cérémonie de clôture en forme de victoire : nullement boycottés, les Jeux Olympiques chinois semblent en effet avoir parfaitement réussi à démontrer combien étaient vains face à la superpuissance économique les appels au respect des Droits de l’Homme. La grande fête du sport permettant tous les silences, les réticences ont finalement été peu entendues au cours des quinze derniers jours, mais les voix dissidentes ne s’étaient pourtant pas totalement tues. Deux jours avant que ne s’ouvrent les JO, le Festival international du film de Locarno débutait plus discrètement. Il fut notamment marqué par la projection du film du réalisateur chinois Pan Jianlin, intitulé « Festin de brutes », qui met en scène le sort d’un jeune homme qui choisit de vendre l’un de ses reins pour gagner de l’argent.

Falun Gong

La fiction rejoint la réalité, dans un pays où malgré les déclarations bien intentionnées et l’adoption de lois, le trafic d’organes reste très présent. A des milliers de kilomètres de Locarno, le sujet était en effet abordé sous un autre angle, loin des salles obscures à l’occasion du 22ème congrès international de la Société de Transplantation. La réunion qui s’est tenue du 10 au 14 août a été ponctuée par une manifestation des représentants de la secte religieuse, Falun Gong, qui ont souhaité une nouvelle fois alerter la communauté internationale quant aux prélèvements d’organes forcés dont auraient été victimes plusieurs membres de leur groupe en Chine. Les dénonciations ont été confirmées par un ancien chirurgien de l’hôpital universitaire de Shenyang, présent à Sydney. Le docteur Yuan Hong a déclaré sans nuance : « Je crois tout à fait à l’existence de prélèvement d’organes chez des membres du Falun Gong ». Un appel a alors été lancé par le Dr Luke, représentant de l’organisation « Doctors Against Forced Organ Harvesting » au vice ministre de la santé chinois, Huang Jiefu, afin qu’il se prononce sur la question. Celui-ci n’a pas tardé à répondre qu’un réseau national de don d’organes allait être créé en Chine auquel serait associé la Croix-Rouge chinoise et les autorités de santé. Il a également annoncé que serait prochainement promulguée une loi sur la définition de la mort cérébrale.

Tourisme de transplantation

Cet engagement officiel de la Chine n’a pas totalement convaincu le Dr Rudolf Garcia Gallont, membre de la Société internationale de transplantation. Alors qu’a été de nouveau présenté à Sydney le texte de la Déclaration d’Istanbul sur le trafic d’organes et le tourisme de transplantation, rédigé en avril, le chirurgien guatémaltèque a paru douter de l’application de la Déclaration en Chine et a estimé qu’il « était très difficile de contrôler ce qui arrive à l’intérieur d’un pays où le système n’est pas très ouvert à la diffusion des opinions et de l’information ». La Déclaration d’Istanbul qui sera reprise en septembre dans la revue de la puissante Société américaine de néphrologie et qui a été adoptée par de très nombreuses sociétés savantes témoigne de la prise de conscience de la communauté internationale face à la question du trafic d’organes et « du tourisme de transplantation » : un autre phénomène qui concerne de nombreux pays et notamment la Chine, même s’il est légalement interdit d’opérer dans cet état une personne n’y résidant pas. Cette pratique qui consiste à recevoir à l’étranger un organe vendu par les plus pauvres s’étend cependant à de nombreuses autres régions du monde où des « tarifs » très différents sont pratiqués : un donneur reçoit en moyenne 700 dollars en Afrique du Sud, 1 000 dollars en Inde, mais plus de 30 000 dollars aux Etats-Unis, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

Quand la lutte contre le trafic d’organes fait le lit du racisme

L’agence onusienne qui s’est penchée sur ces pratiques depuis plusieurs années est aujourd’hui optimiste. Elle assure par exemple que le Pakistan, les Philippines et la Chine ont réalisé d’importants progrès ces dernières années. D’une manière générale, Luc Noël, coordinateur de l’unité « Procédures cliniques » affirme : « On commence heureusement, progressivement, à accepter l’idée à l’échelon international que les organes humains ne sont pas des pièces détachées, que nul ne peut mettre un prix sur un organe destiné à sauver une vie ». La décision prise la semaine dernière par le Syndicat des médecins égyptiens d’interdire les dons d’organe entre musulmans et chrétiens, au nom de la lutte contre les trafics d’organe, pourrait cependant altérer quelque peu l’indéfectible optimisme de l’OMS.

A.H.

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