Tout candidat au suicide mérite une bonne prise en charge

« Suicidez-vous jeunes, vous profiterez mieux de la mort ! » conseillait cyniquement Pierre Dac… Grave problème de société, le suicide est souvent précédé de tentatives (TS) plus ou moins bruyantes à ne jamais négliger, vu leur portée annonciatrice. À l’évidence, ces « répétitions » devraient constituer des cibles stratégiques pour la prévention de sa récidive. Mais la recherche épidémiologique concerne surtout les tentatives d’empoisonnement et méconnaît trop les automutilations, malgré leur grande fréquence, notamment chez les adolescents et les jeunes adultes.

Portant sur près de 11000 TS (personnes âgées de 12 ans ou plus, environ 44 % d’hommes et 56 % de femmes), une étude britannique évalue l’incidence de la prise en charge hospitalière sur la probabilité de récidive après TS, en comparant l’évolution des TS par intoxication et par automutilation. Il ressort que les patients recourant à une automutilation sont davantage susceptibles de présenter des antécédents analogues et d’avoir déjà reçu le soutien de services de santé mentale. Mais paradoxalement, ils bénéficient moins volontiers d’une prise en charge à l’hôpital ou d’une évaluation psychosociale. Le taux de récidive constaté durant les 18 mois de l’étude est de 17 % mais en tenant compte de toutes les formes de TS, il s’élève à 33 % dans l’année suivant la première tentative : près d’une fois sur deux (47 %) après automutilation, et d’une fois sur trois (31 %) après tentative d’empoisonnement. Et parmi les suicidaires « récidivistes », un tiers va recourir à un autre moyen pour mettre un terme à l’existence.

On observe que le système hospitalier (britannique) offre moins aux suicidants par automutilation, bien qu’ils risquent davantage de récidiver que dans le cas d’une TS chimique ou médicamenteuse (laquelle pardonne, il est vrai, moins souvent qu’une phlébotomie). Les auteurs insistent donc sur la nécessité de proposer une évaluation psychosociale des besoins lors de toute admission pour TS à l’hôpital, indépendamment de la méthode utilisée.

Dr Alain Cohen

Référence
Lilley R et coll. : Hospital care and repetition following self-harm : multicentre comparison of self-poisoning and self-injury. Br Journal of Psychiatry 2008, 192 : 440-445.

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