De l’impossibilité d’une rentrée sans handicap

Paris, le mercredi 27 août 2008 – La rentrée scolaire des enfants malades et handicapés se présente sous un nouveau visage depuis quelques années. Le nombre d’écoliers souffrant de handicap accueillis par l’éducation nationale a en effet progressé de 75 % entre 2002-2003 et 2006-2007, passant de 89 000 à 162 000. Cette très nette amélioration ne signifie pour autant pas une disparition de tous les obstacles qui se dressent sur la route des jeunes handicapés, ni l’amenuisement du décalage entre l’optimisme chevronné des pouvoirs publics et la vigilance inquiète des associations.

Valérie Pécresse revoit sa copie

En cette rentrée 2008, ces difficultés et ces différences se sont cristallisées autour de la question de l’attribution des bourses étudiantes. Une réforme importante de ces allocations a été engagée l’année dernière et entrer en vigueur en cette rentrée : elle a fait disparaître la plupart des critères d’attribution des bourses pour n’en conserver que deux sur dix-huit : les revenus du foyer fiscal auquel est rattaché l’étudiant et le nombre d’enfants à charge dans ce foyer. « Avant la réforme, selon la lourdeur du handicap, le candidat boursier pouvant se voir attribuer de deux à quatre points de charge. Aujourd’hui, leur situation particulière n’est plus prise en compte dans le calcul », résume, cité par le Monde, Eric Chenut, président de Droit au Savoir, un collectif d’associations qui se bat pour la scolarisation des handicapés après l’âge de 16 ans.

Face au tollé que provoquèrent les détails de la réforme des bourses, Valérie Pécresse, ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, avait proposé en juin un correctif, afin d’assurer aux étudiants dont le montant de la bourse serait en baisse un réexamen de leur dossier. Cependant, cette garantie ne devait pas bénéficier aux étudiants handicapés. Le gouvernement avait en effet souligné que la situation de ces jeunes gens était différente en 2008 par rapport aux années précédentes en raison de l’élargissement de la prestation de compensation du handicap (PCH) qui jadis allouée aux handicapés de plus de 21 ans peut désormais être versée dès 18 ans. Cette explication ne suffit cependant pas à apaiser la colère des organisations. Eric Chenut remarque ainsi : « Pour les étudiants de plus de 21 ans, cette prestation existe depuis 2006, elle était cumulable avec les bourses car justement, elle ne couvrait pas l’intégralité des dépenses liées au handicap. De plus, elle est versée par les départements, ce qui induit un risque d’inégalité de prise en charge ». Sensibles à ces arguments et soucieuses de ne pas attiser une polémique sur un sujet aussi sensible, Valérie Pécresse et Valérie Létard, secrétaire d’Etat chargée de la solidarité, ont publié hier un communiqué commun précisant que dans le cas où « malgré l’élargissement de la PCH, la simplification des critères s'avérait défavorable pour un étudiant, le ministère de l'enseignement supérieur s'est engagé à ce que sa situation soit examinée et sa bourse rétablie afin de s'assurer qu'aucun étudiant ne soit lésé par la réforme ». Cette précision a été considérée comme tout à fait satisfaisante par Eric Chenut, interrogé hier soir sur France Info.

Deux plateformes se font face

Au-delà de la situation des étudiants handicapés, la rentrée 2008 est semblable à la rentrée 2007 si l’on en juge par la nouvelle mise en place en parallèle de deux plateformes téléphoniques d’information à destination des parents d’enfants handicapés, l’une par le ministère de l’Education nationale (0 810 55 55 00), la seconde par l’Association des paralysés de France (01 45 80 17 17). Le communiqué de presse du ministère de l’Education destiné à présenter les missions de la plateforme téléphonique souligne qu’une « attention particulière [sera] accordée aux transitions entre les niveaux de scolarité, singulièrement lors du passage du collègue au lycée ». Les difficultés qui surgissent lors de l’entrée au lycée ont de fait été déplorées par plusieurs organisations.

Le handicap mental : un sujet toujours aussi délicat

L’attention de ces dernières concernera en outre cette année encore l’accueil des enfants handicapés mentaux, qui connaît encore de nombreuses failles. Dans ce domaine, l’amélioration de la formation des enseignants apparaît essentielle comme le souligne une récente enquête menée par IPSOS pour l’Union nationale des associations de parents, de personnes handicapées mentales et de leurs amis (UNAPEI). Ce sondage mené auprès de 608 enseignants du 16 juin au 5 juillet 2008 révèle que « 94 % des enseignants sans expérience du handicap mental estiment ne pas être préparés pour l’accueil d’un enfant différent ». On remarque par ailleurs que ce défaut de formation concerne non seulement les enseignants généralistes (87 % déclarent ne pas avoir reçu de formation spécifique au handicap mental), mais aussi les professeurs référents ou travaillant dans des Classes d’intégration scolaire (27 %). Enfin, 65 % des enseignants ayant déjà accueilli un enfant handicapé mental considèrent que les auxiliaires de vie scolaire ne sont pas suffisamment formés.

A.H.

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