Arrêts cardiaques hospitaliers : l’ECMO pourrait diviser la mortalité par deux

L’arrêt cardiaque (AC) quelle que soit sa cause, déclenche immédiatement un ensemble de manoeuvres classiques qui constituent la réanimation cardio-respiratoire classique, celle qui est enseignée, par exemple, aux secouristes. Son pronostic dépend de très nombreux facteurs tels l’âge, la cause de l’AC, l’état cardiaque et respiratoire, la rapidité de l’intervention et son lieu, l’idéal étant encore sa survenue en milieu hospitalier, où il est plus facile de réunir les compétences nécessaires dans le plus bref délai. Chaque minute compte pour éviter les lésions cérébrales.

Le recours à l’assistance circulatoire extracorporelle (ACEC ou ECMO pour Extra Corporeal Membrane Oxygenation) en tant que méthode adjuvante a abouti à des résultats encourageants chez les victimes d’un AC. Cependant, son bénéfice réel n’a pas été évalué avec précision et il n’est pas certain que la technique soit supérieure à la réanimation cardio-respiratoire conventionnelle, notamment quand les procédures sont utilisées pendant plus de dix minutes. Une étude d’observation prospective, réalisée en Chine permet d’en savoir un peu plus sur ce sujet qui se prête mal aux essais randomisés.

Cette étude d’une durée de 3 ans a inclus 975 patients âgés de 18 à 75 ans, chez lesquels l’AC, en rapport avec une cause cardiaque ou cardiovasculaire est survenu en milieu hospitalier. N’ont été inclus que les cas caractérisés par un AC d’une durée d’au moins 10 minutes. Deux groupes ont été constitués en fonction d’un score de gravité (ou de propension) qui a visé à l’égalisation inter-groupe des facteurs pronostiques. De la sorte, il n’est resté 113 patients qui ont bénéficié d’une réanimation cardio-respiratoire classique et 59 autres qui, en plus de celle-ci, ont été soumis à une ACEC.

Si l’on ne prend pas en compte l’appariement, il s’avère que, dans le groupe ACEC, le taux de survie à la sortie de l’hôpital été supérieur à celui du groupe traité de manière conventionnelle (log-rank, p<0,0001). Il en a été de même pour la survie à 1 an (log-rank, p=0,007).

Si l’appariement par les scores de gravité est pris en compte dans la comparaison intergroupe, les bénéfices précédents apparemment liés à l’ACEC persistent (versus réanimation cardio-respiratoire conventionnelle : 1) survie à la sortie de l’hôpital : risque relatif (RR) : 0,51, p<0,0001 ; 2) survie à 30 jours, RR : 0,47 ; p=0,003 ; 3) survie à un an : RR : 0,53, p=0,006).

Cette étude d’observation, par définition non contrôlée a priori, plaide en faveur de l’efficacité de l’ACEC en termes de survie à court et long terme, chez les malades victimes d’un AC, d’origine cardiaque, survenu en milieu hospitalier. Cette prise en charge ne peut être réalisée qu’en milieu spécialisé et ses retombées en pratique courante ont tout lieu d’être limitées. Ces résultats n’en sont pas moins encourageants, avec un bémol lié au protocole utilisé, en l’occurrence une étude d’observation avec des biais qui ne peuvent être tous pris en compte par les scores de gravité…

Dr Peter Stratford

Référence
Yih-Sharn Chen et coll. Cardiopulmonary resuscitation with assisted extracorporeal life-support versus conventional cardiopulmonary resuscitation in adults with in-hospital cardiac arrest: an observational study and propensity analysis. The Lancet 2008; 372:554-561.

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