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Médecins, attention vous êtes surveillés !

Publié le 05/09/2008 Partager sur Twitter Partager sur Facebook Imprimer l'article Envoyer à un confrère Enregistrer dans ma bibliothèque Reduire Agrandir

Paris, le vendredi 5 septembre 2008 – Dans quelques semaines, la présentation du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2009 (PLFSS) sera sans doute accompagnée, à l’instar des années précédentes, de très nombreuses critiques. Cependant, lorsqu’on observe qu’il aura fallu attendre presque un an pour que les arrêtés ministériels d’application nécessaires à la mise en œuvre des dispositions phares de la LFSS pour 2008 soient publiés, certains jugeront peut-être qu’il n’est finalement pas utile de se mobiliser trop promptement ! C’est en effet l’article 39 de la LFSS pour 2008 promulguée fin décembre 2007 qui instituait l’obligation pour tous les praticiens voulant pratiquer immédiatement un « dépassement » de leurs honoraires (tarif sécurité sociale pour le secteur 1, tarif affiché pour le secteur 2) d’établir un devis. Cependant, pour s’imposer aux médecins, l’article devait être complété d’un arrêté ministériel fixant le seuil à partir duquel ce devis serait obligatoire. Il aura fallu près de neuf mois pour que celui-ci soit déterminé. Il avait été initialement envisagé qu’il s’élèverait à 80 euros, mais c’est finalement le montant de 70 euros qui a été retenu. Le ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, qui accorde une grande interview au Figaro ce vendredi 5 septembre explique : « Nous avions proposé au départ 80 euros, mais les partenaires sociaux préféraient 50 ». Cette nouvelle règle devrait être plutôt bien acceptée par les praticiens comme nous l’avait déjà révélé un sondage réalisé sur notre site sur ce sujet au mois de février. Non seulement, la « transparence » promise par cette disposition avait été saluée par les médecins libéraux, mais ces derniers avaient également estimé que ce devis se révélerait un outil utile pour monter aux assurés que les dépassements d’honoraires ne relèvent que rarement d’une démesure sans tact. Certains praticiens soulignent cependant qu’il sera parfois difficile d’établir systématiquement ce devis.

Défaut d’affichage, opérations de la cataracte trop nombreuses, audio-prothèse sur facturée : on ne laisse plus rien passer !

Si le principe de l’établissement d’un « devis » quand le dépassement excède 70 euros est donc plutôt bien accepté par les praticiens, ces derniers pourraient cependant se sentir la cible d’une suspicion permanente à la lueur des nombreux textes qui doivent être publiés dans les prochaines semaines et qui visent tous à encadrer leurs pratiques tarifaires. Ainsi, à la mi-septembre, un décret imposera d’établir un devis normalisé pour toutes les audio-prothèses, qui devra distinguer le prix de l’appareil et le coût de la prestation. On trouve également dans les parapheurs du ministre, un texte qui permettra de placer sous entente préalable les médecins qui s’adonnent apparemment avec excès ( !) aux opérations de la caracte ou des amygdales ! Par ailleurs, « en octobre, paraîtra le décret permettant aux caisses d’assurance maladie d’appliquer une sanction financière aux médecins qui n’affichent pas leurs tarifs et à ceux qui pratiquent des dépassements d’honoraires sans « tact et mesure » comme la déontologie l’impose » indique Roselyne Bachelot au Figaro. Bref, le ministre semble préparer une rentrée où les médecins seront définitivement placés sous surveillance. Mais elle rassure : concernant la notion de « tact et mesure », aucune définition chiffrée n’a été proposée. Ce n’est pas tant la confiance du législateur à l’égard des médecins qui a soufflé cette imprécision, mais la crainte « d’un effet pervers ». « Fixer un seuil pourrait (…) inciter tous les praticiens à s’aligner sur ce plafond », explique en effet Roselyne Bachelot.

Permanence de soins

L’énumération des décrets destinés à créer un véritable filet autour des praticiens n’est pas le seul objet de l’interview du ministre dans le Figaro. Mais lorsqu’elle se risque à aborder d’autres sujets, la médecine libérale semble toujours peu pou prou la cible du ministre. Roselyne Bachelot évoque en effet rapidement la teneur de la future loi « Patients santé territoires », qui devrait plus certainement être baptisée « hôpital, patients, santé, territoires ». Roselyne Bachelot explique cette dénomination en soulignant : « L’hôpital tiendra [dans cette loi] une place fondamentale. Mais son environnement influe sur son fonctionnement : il y a 14 millions d’entrées aux urgences par an, 80 % pourraient sans doute être évitées si la permanence des soins était mieux organisée en ville ». Les concernés apprécieront : ils n’ignorent d’ailleurs pas que figurent dans les tablettes du ministre la volonté d’accroître les sanctions à l’encontre des médecins qui refusent les réquisitions pour assurer une garde ou une astreinte.

Un parcours de soin renforcé

On observera enfin que le ministre a répété qu’il était exclu qu’un « effort financier supplémentaire » soit demandé aux assurés. Cependant, interrogé sur une éventuelle baisse des remboursements pour les consultations et les actes pratiqués hors parcours de soin, Roselyne Bachelot aura eu cette réponse qui pourrait illustrer une leçon de sciences politique sur la langue de bois : « J’ai écarté tout effort financier, cela ne veut pas dire aucune mesure pour améliorer la qualité des soins » ! 



A.H.



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