Les micrométastases ganglionnaires du cancer du sein ont une signification pronostique

Dans le cancer du sein (KS), la recherche du ganglion sentinelle (GS) a largement supplanté le curage axillaire (CA) systématique et délabrant. Mais le débat reste ouvert sur la meilleure façon de pratiquer l’examen histologique du GS et sur la signification des micrométastases (mM) détectées sous forme de cellules isolées, ou par immunohistochimie (IHC) avec les anticorps anti-cytokératine.

Une équipe d’anatomopathologistes du  Memorial Sloan-Kettering Cancer Center (New York, USA) ont revu les dossiers de 368 malades traitées entre 1976 et 1978 pour KS réputés N-, par mastectomie et CA sans traitement adjuvant. Ils ont réexaminé les ganglions axillaires en appliquant leur protocole histologique actuel. Ils ont ainsi classé les ganglions en fonction de leur coloration en IHC (IHC+ et IHC-), à l’hématoxyline éosine (HE+ et HE-), du nombre de ganglions atteints, du nombre de cellules malignes, et de la taille de la plus grosse grappe cellulaire. Après un suivi moyen de 18 ans, ils ont pu préciser l’impact sur la survie globale et spécifique de ces paramètres.

Sur les 368 patientes, 217 ont survécu, les autres étant décédées de leur KS (76) ou de causes intercurrentes (75). Sur les 368 CA réputés négatifs, 83 (23 %) se sont avérés + lors de la relecture, dont 33 par la coloration HE (+) et 50 par l’IHC (+). De plus, sur ces 83 CA, le ganglion N+ était 59 fois unique, mais dans 13 cas il y en avait 2, et 3 ou plus dans les 11 autres. Si la plus grosse grappe de cellules malignes était ≤ 0,2 mm dans 61 cas, elle était plus conséquente (avec au moins 100 cellules répertoriées) dans les 22 autres, et même > 2 mm dans 5 cas. Le risque de détecter ces mM apparaît majoré quand le type histologique du KS est celui d’un cancer lobulaire invasif. Si les grappes sont à l’origine des deux tiers de ces faux négatifs, dans 33 % des cas, il s’agit de cellules isolées, et, dans ce dernier groupe, on note aussi une surreprésentation des cancers lobulaires.

De même on a noté que les grappes étaient ≤ 0,2 mm chez 49 (98 %) des 50 malades IHC+ HE-, alors qu’elles étaient beaucoup plus volumineuses chez 21 (64 %) des 33 malades IHC+ HE+.

Une analyse multivariée étudiant l’impact de ces mM sur la survie globale et spécifique a montré que le taux de décès par KS était multiplié par 2,8 quand on trouvait  plus de100 cellules malignes, ce qui confère aux mM un pronostic aussi fâcheux que la taille tumorale ou l’envahissement lympho-vasculaire.
Les micrométastases occultes grèvent donc le pronostic vital du cancer du sein.

Dr Jean-Fred Warlin

Références
Tan LK et coll. : Occult axillary node metastases in breast cancer are prognostically significant : results in 368 node-negative patients with 20-year-follow-up.
J Clin Oncol. 2008;26:1803-9.

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