Bruxelles se penche (enfin) sur la situation des Roms

Bruxelles, le mardi 16 septembre 2008 – Certains veulent croire que cette réunion marquera un tournant décisif dans la façon dont les vingt sept pays européens prennent en charge les populations « Roms ». « Nous espérons (…) que ce sommet enverra un message fort quant à la détermination de la Commission européenne d’œuvrer en faveur de l’inclusion sociale des Roms », a ainsi déclaré Nicolae Gheorgue, que l’AFP présente comme un « militant rom ». Mais d’autres observateurs ne cachent pas un certain fatalisme, tel l’avocat Henri Braun de la Ligue des droits de l’homme : « Je n’attends pas grand-chose de cette rencontre ». Il est à craindre en effet que Bruxelles ne se livre aujourd’hui qu’à un exercice de bonne conscience en proposant de se pencher sur la lutte contre les discriminations qui touchent ceux que l’on désigne également sous des vocables divers, tels que « gens du voyage » (alors qu’ils sont faiblement nomades !) ou encore « tziganes d’Europe de l’est ». C’est en effet la même Europe, qui n’a fait que peu de cas de la privation des droits de l’homme dont les Roms sont l’objet en Roumanie et en Bulgarie avant d’accepter ces pays en son sein, qui se plaît aujourd’hui à se montrer déterminée à faire évoluer la situation. C’est également la même Commission européenne, qui vient de valider la loi italienne qui met en place un fichage systématique des populations Roms, qui organise un sommet à leur intention d’aujourd’hui.

15 ans d’espérance de vie de moins en Roumanie et en Bulgarie

Celui-ci est sans doute une réponse un peu artificielle aux voix qui s’élèvent de plus en plus nombreuses pour dénoncer les conditions de vie des Roms en Europe. Ce vendredi, neuf associations ont en effet signé un appel commun demandant à l’Union européenne l’adoption d’une directive cadre destinée à garantir la « dignité » des 10 millions de Roms qui vivent en Europe et leur accès aux mêmes droits que les autres ressortissants de l’UE. En effet, bien que souvent de nationalités roumaines ou bulgares, les Roms ne bénéficient pas des mêmes droits que les autres citoyens européens. Dans un rapport publié il y a près d’un an, Médecins du Monde a remarqué que l’adhésion à l’Union européenne de la Bulgarie et de la Roumanie aurait du permettre à ces populations d’accéder à une couverture maladie similaire à celle accordée à tous les autres européens. Des directives spécifiques ont cependant empêché cette généralisation, laissant la place à des situations diverses. « Les neuf premiers mois de 2007 ont vu tous les cas se côtoyer : des Roumains obtenaient sans souci la CMU comme tous les autres européens, d’autres (…) n’obtenaient carrément aucune couverture maladie, ni AME, ni CMU, enfin dans d’autres cas, seule l’AME leur était délivrée », témoignent Médecins du Monde. Finalement, il a été décidé que c’est l’AME qui serait systématiquement allouée aux « ressortissants communautaires inactifs ». Cette cacophonie témoigne cependant du malaise de l’Europe et de la France face à l’intégration des populations Roms.

Mais c’est principalement en Roumanie et en Bulgarie, où les Roms représentent 10 % de la population, que la violation des droits de l’homme, qui devraient fonder le premier socle de l’Europe s’observe le plus durement. Les « Roms » vivent à la marge du reste de la population, privés d’éducation et de soins : leur espérance de vie est inférieure de 15 ans à la moyenne générale. La Roumanie a tenté de mettre en place un plan d’aide en 2001, mais les discriminations ancestrales restent les plus fortes.

En France, un enfant « rom » sur cinq vacciné contre le tétanos !

Il est difficile de définir combien de « Roms » compte la France : le chiffre de 400 000 personnes est avancé, mais, il ne permet pas de différencier les personnes venant d’Europe de l’Est et ceux qui se déclarent comme appartenant à la communauté des « gens du voyage » et qui refusent fortement d’être considérés comme des « roms ». Quels que soient leur nombre, les Roms sont le plus souvent parqués aux abords des grandes cités, dans de véritables « bidonvilles ». Selon Médecins du Monde, la situation sanitaire est dans ces campements de fortune (53,2 % des Roms vivent dans des caravanes) similaire à celle des pays du Tiers Monde. L’espérance de vie ne dépasse pas la soixantaine d’années, les grossesses sont correctement prises en charge dans moins de 10 % des cas, la tuberculose et le saturnisme sont fréquents. Le rapport de Médecins du Monde pointait en outre du doigt une couverture vaccinale très mauvaise : 18,5 % des moins de 7 ans sont vaccinés contre le tétanos et 21,7 % des enfants de 7 à 15 ans sont immunisés contre la poliomyélite. L’accès aux soins est par ailleurs souvent difficile : les discriminations existent en effet également fréquemment dans les structures sanitaires classiques. Face à cette situation, la France observe une politique ambiguë : la mise en place de villages d’insertions modèles (ils sont trois aujourd’hui) dont les résultats sont très satisfaisants et en même temps une aide au retour au pays, qui représente souvent un retour vers des conditions de vie plus précaires encore.

L.C.

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