Trop de définitions pour le syndrome métabolique

Les nouvelles définitions du syndrome métabolique (SM) sont-elles inutiles ? C’est en tout cas ce que tend à conclure une récente étude française qui a cherché à comparer le risque de mortalité cardiovasculaire évalué à l’aide de chacune des différentes définitions du SM (International Diabetes Federation [IDF] ; Revised National Cholesterol Educational Program [NCEP-R] ; Original National Cholesterol Educational Program [NCEP-2001]).

Pour ce faire, ils ont étudié de manière prospective une population de près de 85 000 individus (hommes : 55 794 ; femmes : 28 936) de 40 ans et plus, n’ayant aucune maladie cardiovasculaire connue et suivis dans un centre de dépistage et de prévention avec un recul moyen de 4,7 ± 1,7 ans pour l’évaluation du critère de jugement de l’étude (la mortalité).

Selon la définition retenue, la prévalence du SM dans cette population était de 9,6 %, 21,6 % ou 16,5 % respectivement pour NCEP-2001, IDF et NCEP-R.
Par rapport aux sujets n’ayant pas de SM, et après ajustement, le risque relatif de mortalité toutes causes confondues était de 1,63 (intervalle de confiance à 95 % [IC] : 1,38-1,93) en cas de SM selon la définition NCEP contre 1,25 (IC : 1,09-1,45) pour la définition IDF et 1,32 (IC : 1,13-1,53) pour la définition NCEP-R.
En ce qui concerne la mortalité exclusivement cardiovasculaire, le risque relatif était de 2,05 avec la définition NECP (IC : 1,28-3,28) contre 1,77 avec la définition IDF (IC 1,18-2,64) et 1,64 avec la définition NCEP-R (IC : 1,08-2,50).

Chez les patients ayant un SM selon les définitions IDF ou NCEP-R, mais pas selon la définition NCEP, il apparaît que le risque relatif était, respectivement, de 1,07 (IC : 0,89-1,28) et de 0,92 (IC : 0,73-1,18) pour la mortalité toutes causes confondues et, respectivement, de 1,42 (IC : 0,86-2,34) et de 1,07 (IC : 0,55-2,09) pour la mortalité cardiovasculaire.

Les auteurs en concluent que, sur la base dus suivi prospectif de quelque 85 000 personnes pendant près de 5 ans, il apparaît que les récentes définitions (publiées en 2005) du syndrome métabolique (NCEP-R et IDF) multiplient par un facteur proche de deux la prévalence de ce syndrome par rapport à celle retrouvée à l’aide de la définition classique NCEP. Cependant, ces patients qui ne sont « dépistés » qu’à l’aide des définitions récentes du SM, mais pas lorsque l’on utilise la définition originelle (NCEP), n’ont pas de surmortalité particulière.

Il convient de noter que le suivi des patients était ici relativement court (4,7 ans en moyenne) et que rien ne permet donc de préjuger ce qui va se passer à plus long terme. Il s’agissait par ailleurs de patients à relativement faible risque puisque sans atteinte cardiovasculaire connue.
Finalement, il semble bien que, si les nouvelles définitions du SM permettent d’identifier davantage de patients, ceux-ci ne sont pas toujours à risque cardiovasculaire majoré.

Dr Olivier Meillard

Référence
Benetos A et coll : All-cause and cardiovascular mortality using the different definitions of metabolic syndrome. Am J Cardiol 2008;102:188-91

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Vos réactions (1)

  • Nomina vana tenemus

    Le 29 septembre 2008

    L'article analysé par le Dr Olivier Meillard montre une fois de plus la vanité des "entités" définies par une commission ou un comité ; c'est l'erreur nominaliste : nomina vana tenemus (Il Nome della Rosa, phrase finale).

    Jean-François Foncin

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