Vaccination des femmes enceintes contre la grippe : faut-il revoir nos recommandations ?

Les femmes enceintes et les nourrissons de moins de 6 mois sont des groupes à risque de complications de la grippe, qui ont jusqu’ici suscité moins d’attention que les sujets âgés et les insuffisants respiratoires ou cardiaques chroniques.

Chez les femmes enceintes, la grippe accroît la fréquence des hospitalisations, des malformations congénitales et peut-être de certaines affections chez l’enfant à naître comme la schizophrénie. Chez l’enfant de moins de 6 mois, elle est également une cause importante d’hospitalisation.

L’immunité transmise passivement par la mère protégeant son enfant durant les premiers mois, la vaccination des femmes enceintes a été recommandée par les autorités sanitaires de certains pays (dont les USA) et par l’OMS depuis 2005. En revanche le vaccin grippal n’est pas recommandé chez les enfants de moins de 6 mois et son efficacité est mal évaluée avant 2 ans.

Pour mieux évaluer l’intérêt d’une telle vaccination des femmes enceintes sur leur propre santé et sur celles des enfants à naître, une équipe américaine a conduit une étude randomisée au Bangladesh (1). Schématiquement 340 femmes enceintes ont été assignées au hasard soit à un vaccin grippal inactivé soit à un vaccin pneumococcique à 23 valences.

Avant la 24ème semaine de vie, 6 cas de grippe confirmés biologiquement ont été dénombrés chez les enfants de mères vaccinées contre la grippe contre 16 chez les enfants de mères ayant reçu le vaccin pneumococcique soit une efficacité vaccinale de 63 % (avec un intervalle de confiance à 95 % [IC95] entre 5 et 85 %). Le nombre d’infections respiratoires a également diminué de 29 % (IC95 entre 7 et 46 %) chez les enfants de mères vaccinées contre la grippe. De plus la fréquence des infections respiratoires a été réduite de 36 % (IC95 entre 4 et 57 %) chez les mères vaccinées contre la grippe par rapport à celles du groupe contrôle. Aucun effet secondaire grave n’a été rapporté au vaccin grippal.

Cette étude (de taille il est vrai un peu limitée) paraît confirmer l’intérêt pour la santé des mères comme pour celle de leurs enfants à naître de la vaccination grippale durant la grossesse.

Quid de la France ?

La position des autorités sanitaires françaises sur le sujet est plus nuancée (2).  Le 1er  février 2008, le Haut Conseil de la Santé Publique a estimé en effet que la vaccination généralisée des femmes enceintes « ne pouvait être recommandée en l’absence de données suffisantes sur l’efficacité et la tolérance de ce vaccin dans cette situation ainsi que sur l’impact de la grippe durant la grossesse, tant chez la mère que chez le fœtus ». Mais il a dans le même temps rappelé les termes de l’autorisation de mise sur le marché des vaccins inactivés chez la femme enceinte qui stipule qu’en cas « de facteurs de risque spécifiques, la vaccination peut être pratiquée au cours du 2ème et 3ème trimestre de la grossesse et que les femmes présentant un risque élevé de complications associées à la grippe peuvent être vaccinées quel que soit le stade de la grossesse ».

Cet avis, qui revient à laisser à chaque médecin le soin de peser les avantages et les inconvénients de la vaccination de la femme enceinte, sera peut-être revu à la lumière de cette nouvelle étude.

2) http://www.hcsp.fr/hcspi/docspdf/avisrapports/hcspa20080201_Grippe.pdf

Dr Nicolas Chabert

Références
1) Zaman K et coll. : Effectiveness of maternal influenza immunization in mothers and infants. N Engl J Med 2008; 359: 1555-64.
2) Recommandations du Haut Conseil de la Santé publique. 1er février 2008

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