Dix ans après avoir pris des antidépresseurs

À court terme, l’efficacité des antidépresseurs et des anxiolytiques est certes bien documentée. Mais peu d’informations existent encore sur leur impact concret à long terme. But de cette étude britannique (avec participation canadienne) : mieux cerner l’influence réelle de ces traitements sur l’évolution à distance d’un « épisode psychiatrique du milieu de la vie » (episode of mental disorder in mid-life).

Dans un groupe de 157 patients, on a comparé à cet effet le devenir dix ans plus tard de ceux ayant pris ce type de médicaments au décours de cet épisode psychiatrique, et de ceux n’ayant pas reçu ces molécules. Les situations considérées sont le tableau initial à l’âge de 43 ans et dix ans après, à 53 ans, avec la recherche d’un petit nombre de problématiques évocatrices d’une psychopathologie : troubles du sommeil, dépendance à l’égard de l’alcool, symptomatologie de type psychotique…

 L’étude montre que le recours aux antidépresseurs et /ou aux anxiolytiques à 43 ans s’accompagne d’une moindre incidence des pathologies psychiatriques à 53 ans. Elle prouve aussi l’aspect infondé de l’inquiétude classique : « même efficaces, les médicaments proposés en psychiatrie sont comparables à une drogue dont on ne peut plus jamais se défaire ». Car contrairement à cette crainte habituelle, croyance liée en grande partie au rapprochement malencontreux du terme français « drogue » (toxique) et du mot anglais « drug » (médicament), l’enquête en question révèle que seulement moins d’un quart des patients (24 %) traités par des médicaments psychotropes à l’âge de 43 ans continuent encore à en prendre, dix ans plus tard !

Outre son importance à court terme, le recours à ces molécules est donc utile aussi pour la gestion différée de la santé mentale. Mais dans ce constat d’une amélioration à long terme de la problématique psychiatrique, il reste toutefois difficile de départager ce qui reviendrait en propre à l’effet (lointain) du médicament et ce qui témoignerait plutôt d’une meilleure propension du patient à avoir recherché une aide, notamment au moyen d’une psychothérapie.                                                          

Dr Alain Cohen

Référence
Colman I et coll. : Psychiatric outcomes 10 years after treatment with antidepressants or anxiolytics. Br Journal of Psychiatry 193-10 : 327-331.

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Vos réactions (2)

  • Les torchons et les serviettes !

    Le 07 novembre 2008

    1) Drogue : nom générique des matières premières avec lesquelles les pharmaciens préparent les médicaments (E. Littré, ancien interne de Hôpitaux de Paris). L'emploi actuellement fréquent de "drogue" au sens de produit addictif n'est pas un rapprochement malencontreux avec l'anglais, mais est un emprunt à cette langue, dans laquelle "drug", signifiant "médicament", est employé par euphémisme pour désigner une substance médicamenteuse détournée de son usage médical.
    2) L'article analysé, mélangeant comme hélas d'habitude les torchons et les serviettes, les indications des antidépresseurs (épisodes dépressifs mélancoliques symptomatiques d'une psychose maniaco-dépressive) et celles des anxiolytiques (soulagement symptomatique à court terme d'une dépression névrotique ou réactionnelle), et les familles pharmacologiques (tricycliques, IMAO, benzodiazépines et quelles autres ?) ne nous apprend strictement rien. Si seulement il avait isolé les sujets ayant reçu à 43 ans des benzodiazépines, il aurait peut-être montré que, contrairement à l'opinion "prudentielle" actuellement admise, les benzodiazépines anxiolytiques ne sont pas addictives ; ou bien ces sujets figurent-ils parmi les 24 % qui prennent toujours des "drugs" ?

    Jean-François Foncin

  • Antidépresseurs et benzodiazépines

    Le 09 novembre 2008

    Je n'ai absolument pas eu la même expérience durant mes 40 années de pratique comme interniste. S'il est exact que la majorité des patients arrêtent leurs antidépresseurs, il n'en est pas de même pour les benzodiazépines. Même des années après, les patients en prenaient toujours, même si on avait changé de spécialité. Quand je leur en faisait la réflexion, on me répondait: "Docteur, je ne peux pas m'en passer!". Je devais réaliser une cure de désintoxication à l'hôpital pour ceux qui souhaitaient s'en sortir. Quelle meilleure preuve d'une dépendance...

    Dr Guy Roche

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