Peut-on contrôler la fréquence cardiaque avec un anti-arythmique au cours d'une fibrillation auriculaire

Les deux options disponibles en présence d'une arythmie complète par fibrillation auriculaire (Ac/Fa) sont soit le contrôle du rythme, c’est-à-dire l'administration d'un traitement pour tenter de maintenir le patient en rythme sinusal, soit le contrôle de la fréquence, qui vise seulement au maintien d'une fréquence cardiaque (FC) dans les limites du raisonnable tout en limitant les symptômes.Le contrôle du rythme est assuré par les anti-arythmiques, tandis que celui de la FC fait appel aux ß-bloquants, à certains inhibiteurs calciques ainsi qu'aux digitaliques.En cas d'Ac/Fa permanente, il est donc logique de substituer aux anti-arythmiques les médicaments ralentisseurs cités plus haut. En pratique, malheureusement, le contrôle de la FC n'est pas optimal chez tous les malades (64 % des patients aux valeurs cibles dans l’étude AFFIRM) en partie à cause des effets secondaires des médicaments préalablement cités. La dronedarone, nouvel anti-arythmique possédant des effets de classe I, II, III et IV, a démontré son efficacité et sa bonne tolérance dans le cadre du contrôle du rythme. Il a par ailleurs été noté qu'elle était susceptible de ralentir la FC chez des patients en Ac/Fa. Il n'en fallait pas plus pour inciter à la mise en place d'une étude spécifiquement dédiée à la recherche de propriétés de contrôle de la FC par la dronedarone.

Cent soixante-quatorze patients en Ac/Fa permanente ont été randomisés entre dronedarone (n=85) et placebo (n=89) en plus du traitement habituel. La durée de traitement  a été de six mois. La FC a été mesurée sur trois Holter (avant traitement, à 14 jours et à 4 mois) ainsi que sur deux épreuves d'efforts (au départ et à J14).

En comparaison avec le placebo, le traitement par dronedarone a entraîné une baisse significative de la FC des 24 heures. Celle-ci était de 11,7 bpm à 15 jours (p<0,0001) et de 8,8 bpm à six mois (p<0,001). Une baisse de FC a été également retrouvée au décours de l'épreuve d'effort (-24,5 bpm, p<0,0001) sans qu'elle entraîne une baisse de la tolérance à l'effort, mesurée par la durée de l'exercice maximal. Les effets du traitement sur la FC se sont ajoutés à celui des autres médicaments que ce soit des ß-bloquants, des inhibiteurs calciques ou des digitaliques. La tolérance de la dronedarone a été bonne et il n’a été décelé aucune atteinte d’organe ni aucun effet pro-arythmique.

La dronedarone possède donc en plus de ses effets anti-arythmiques des propriétés de contrôle de la FC en présence d'une Ac/Fa permanente ; il n’a pas été possible de déceler des effets indésirables au cours de cette courte étude.

Dr Benoît Tyl

Référence
Davy JM et coll. : Dronedarone for the control of ventricular rate in permanent atrial fibrillation: The Efficacy and safety of dRonedArone for The cOntrol of ventricular rate during atrial fibrillation (ERATO) study. Am Heart J 2008; 156 : 527 e1-e9.

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Vos réactions (1)

  • Au sujet de l''éfficacité et des effets secondaires...

    Le 21 novembre 2008

    Interéssée par l'article, je suis allée faire quelques recherches.
    Une étude clinique dont les résultats viennent d'être publiés dans le NEJM du 19 juin 2008, article intitulé « Increased mortality after dronedarone therapy for severe heart failure » montre que la dronédarone lorsqu'elle a été donnée à des malades présentant une insuffisance cardiaque sévère a augmenté leur mortalité, essentiellement par l'aggravation de leur insuffisance cardiaque.
    La question se pose donc de determniner son interêt, d'autant plus qu'elle n'est pas commercialisée je pense.

    Dr.M.B.

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