Cancer thyroïdien différencié : la biologie moléculaire au secours de l’histologie ?

Le diagnostic anatomopathologique des carcinomes thyroïdiens différenciés se heurte à certaines difficultés qui sont inhérentes à la nature même de la tumorigénèse thyroïdienne. Si le diagnostic de carcinome papillaire pose peu de problèmes, il n’en est pas de même pour le carcinome folliculaire, comme en témoigne le faible degré de concordance entre anatono- pathologistes (37 %). La principale difficulté tient au critère d’invasion capsulaire et au risque de ne pas en visualiser un foyer. Pour ce type de tumeur, le diagnostic cytologique ne permet pas de trancher devant une prolifération folliculaire entre un adénome et un carcinome, ce qui explique que 20 % des cytologies thyroïdiennes restent indéterminées. Enfin les critères histologiques classiques des carcinomes thyroïdiens différenciés restent insuffisants pour  évaluer de façon fiable le risque métastatique et prédire la réponse à l’irathérapie ou à de nouveaux agents anticancéreux.

La dernière classification OMS des cancers thyroïdiens mentionne les apports récents de la biologie moléculaire dans ce domaine. L’étude des mutations somatiques concerne la mutation BRAF qui a une forte spécificité pour les carcinomes papillaires avec une bonne fiabilité en diagnostic de routine, mais une incidence variable. Les réarrangements RET/PTC et PAX8/ PPAR et les mutations de RAS ont une spécificité plus limitée. La caractérisation par puces à ADN des carcinomes thyroïdiens différenciés reste complexe et son application en pratique n’est pas d’actualité. Par contre la caractérisation des micro-ARN semble beaucoup plus prometteuse, impliquant un faible nombre d’éléments avec un potentiel diagnostic élevé et une bonne association aux facteurs prognostiques. De plus ce matériel restant intact sur les prélèvements histologiques fixés, des études à large échelle et des analyses rétrospectives visant à clarifier la valeur pronostic du diagnostic moléculaire sont envisageables. L’application de ces résultats au matériel cellulaire issu de la cytoponction thyroïdienne doit être vérifiée. L’étude protéomique est en stade de développement.

Une approche intégrant les aspects histologiques et moléculaires de la caractérisation des cancers thyroïdiens différenciés devrait permettre d’améliorer leur identification et l’évaluation pronostic. Ces progrès permettront sans doute de mieux sélectionner les traitements des carcinomes dont le pronostic est réservé.

Dr Laurence Du Pasquier

Référence
Eszlinger M et coll. : Perspectives for improved and more accurate classification of thyroid epithelial tumors. J Clin Endoc Metab 2008 ; 93 : 3286-3294.

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