Des moustiques venus d’ailleurs

"Depuis 2005, des moustiques Aedes albopictus ont été détectés dans des entreprises hollandaises qui importent des plantes ornementales de Chine. Pour évaluer le risque de transmission de la dengue, une étude a été réalisée chez 48 personnes professionnellement  exposées à ces moustiques. Aucune évidence d’infection à flavivirus non liée à un voyage n’a été découverte". Ceci est la traduction, aussi proche que possible, de l’abstract d’un article écrit par des spécialistes de l’institut national de santé publique et de l’environnement de Bilthoven, Hollande. Intéressant ? Sans doute, mais surtout pour ce que ce texte ne relate pas directement : la panique qui, depuis quelque temps, a saisi les responsable de la santé publique européenne qu’un moustique du sud ne vienne déclencher chez nous une épouvantable épidémie d’arboviroses. Car quel (mal)chance y avait-il de détecter des malades, et comment trouver un réel intérêt à ce travail si l’on n’est pas tenaillé par la peur des moustiques venus d’ailleurs, une crainte aux allures un peu irrationnelle et qui pourtant paraît aujourd’hui partagée par nombre responsables de la santé publique européenne ?

Lancet Infectious Diseases, septembre dernier. Dans un article dont le titre a le mérite de la franchise (Vector- borne diseases threaten Europe), K. Senior cite quelques spécialistes Français incontestés, dont D Raoult, à propos du chikungunya : "Des arbovirus qu’on croyait causes d’infections tropicales doivent maintenant être considérés comme des agents potentiels d’épidémies dans les pays tempérés" ou P. Reiter , de L’Institut Pasteur de Paris : "Il est possible qu’Aedes aegypti se réinstalle en Europe… en 1927-28, une épidémie de dengue avait fait en Grèce un million de cas et 100 décès". Des commentaires en accord avec ceux d’autres spécialistes européens, comme l’anglais Ernest Gould, d’Oxford, pour qui "le chikungunya pourrait devenir un problème majeur en Europe"…

Continuons en nous rendant aux USA. Autre continent, mêmes causes pour des peurs mieux adaptées à la région. Sur la côte Ouest, c’est vecteurs et virus de l’encéphalite japonaise qu’on craint le plus et la Californie, nœud de communication entre l’Asie et l’Amérique, paraît en position fort délicate. Selon RJ Nett et al., un virus subrepticement introduit aurait vite fait de s’accommoder des conditions locales et provoquerait des dégâts d’autant plus considérables que la population n’y est pas préparée, que la présentation de l’infection est ambiguë et que les tests diagnostics sont  difficiles à interpréter : le temps qu’une riposte efficace soit mise en place pourrait suffire au virus pour s’être si largement répandu que son éradication en deviendrait problématique…

Le pire n’est jamais sûr, mais il est possible. La dengue, le chikungunya, ou l’encéphalite japonaise finiront peut-être un jour ou l’autre par effectivement déferler sur l’Occident …

Dr Jack Breuil

Références
Hofhuis A et coll. : The hidden passenger of lucky bamboo : do imported Aedes albopictus mosquitoes cause dengue virus transmission in the Netherlands ? Vector Borne Zoonotic Dis 2008; publication avancée en ligne le 30 octobre
Nett RJ et coll. : Potential for the emergence of Japanese encephalitis virus in California. Vector Borne Zoonotic Dis 2008; publication avancée en ligne le 30 octobre

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