L’action des organisations humanitaires reste difficile au Darfour malgré quelques succès

Le Caire, le lundi 17 novembre 2008 – En 2006, les organisations non gouvernementales (ONG) et onusiennes présentes au Darfour avaient évoqué à plusieurs reprises les violences dont étaient régulièrement victimes leurs agents, rendant très difficiles le maintien d’équipes sur place. Médecins sans frontière (MSF) avait ainsi du procéder à une « réduction drastique de ses activités ». En 2007, la situation n’avait pas été plus sereine pour les infirmières, médecins et personnels humanitaires tentant d’apporter des soins aux populations déplacées victimes de la guerre civile. Au cœur du mois d’août, MSF avait ainsi dû suspendre ses activités dans deux villes du Nord : laissant selon elle sans assistance médicale 65 000 personnes. La situation reste aujourd’hui très instable. Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu mercredi dernier par le président soudanais Omar El Beshir (cessez-le-feu rejeté par l’un des principaux groupes rebelles) on déplorait encore ce week-end qu’un convoi humanitaire ait été pris en embuscade par des hommes dont on ne sait s’ils sont des rebelles ou des bandits. Cette année 2008 n’aura d’ailleurs donné que très peu de répit aux agents humanitaires : dans un communiqué publié vendredi l’UNICEF rappelle ainsi que 11 employés d’ONG ont été tués. Cette insécurité est une entrave importante à l’acheminement des soins. « Les difficultés se sont accrues cette année. Nous sommes sans cesse à la recherche de nouvelles stratégies d’accès. Pour la campagne de vaccination contre la polio, nous avons loué des véhicules privés chargés de transporter le matériel jusqu’aux zones concernées, et nous rejoignions les sites par hélicoptère » explique ainsi le représentant de l’UNICEF au Soudan, Ted Chaiban. Cependant, malgré ces difficultés 1,6 millions d’enfants ont pu être immunisés contre la poliomyélite et 886 000 contre la rougeole et la diphtérie. Des moustiquaires ont également pu être distribuées en grand nombre : 238 760 au total.

Eau potable

A l’instar de cette campagne de vaccination, les organisations humanitaires ont enregistré ces derniers mois quelques succès encourageants. C’est notamment le cas en ce qui concerne l’accès à l’eau potable. Le Comité international de la Croix Rouge (CICR) a ainsi mis en place en 2007 des comités de gestion de l’eau dans le Nord du Darfour. Ces antennes ont reçu des « pompes manuelles ainsi que des tuyaux et d’autres pièces qui leur permettront d’assurer en toute indépendance un approvisionnement adéquat en eau potable » explique l’organisation dans un communiqué publié fin octobre. En outre, sur l’ensemble de la zone, l’action du CICR a permis la réparation de « dizaines de pompes manuelles, de stations de distribution d’eau et de puits creusés à la main. Grâce au soutien du CICR, près de 100 000 personnes ont bénéficié directement d’un meilleur approvisionnement en eau en août et en septembre » indique-t-il encore. De son côté l’UNICEF signale que 430 000 personnes au total bénéficient d’un accès à l’eau potable depuis janvier : la proportion de la population en disposant a progressé de 3 % entre 2006 et 2007, passant de 73 à 76 %. Par ailleurs, l’accès à des moyens d’assainissent est passé de 60 à 67 %. Cependant, les perspectives d’avenir demeurent inquiétantes : « Notre grand problème est que le 15 novembre, nous allons nous trouver à court de budget pour le savon et pour la javellisation de l’eau », déplore Ted Chaiban.

Formation des soignants, lutte contre la malnutrition et centres pour aider les victimes de violence

L’UNICEF a également contribué à la mise en place de centres pour aider les victimes de violences qui ont bénéficié en 2008 à 120 000 enfants. De son côté, MSF a traité 4 700 enfants atteints de malnutrition aiguë entre avril et octobre dans la région d’Adila au Sud Soudan. Aujourd’hui, les jeunes patients présentant une malnutrition modérée sont également inclus dans le programme : « 80 % des enfants suivis reçoivent ainsi un traitement de manière précoce, avant qu’ils ne soient sévèrement malades » précise MSF dans un communiqué publié il y a quelques jours. Dernière initiative encourageante pouvant être signalée : l’organisation par le CICR de séminaires sur la chirurgie de guerre « destinés à plus de 50 professionnels de la santé locaux, parmi lesquels des chirurgiens et d’autres médecins, des infirmiers et des auxiliaires médicaux ».

Nord Kivu

Quelques 300 000 personnes sont mortes au Darfour depuis 2003 selon l’ONU et aux 2,7 millions de personnes déplacées depuis 2004 se sont ajoutées en 2007, 310 000 autres. La présence des ONG reste donc essentielle, ainsi que dans plusieurs autres régions d’Afrique, comme aujourd’hui au Nord Kivu en République démocratique du Congo secoué par de violents affrontements.

L.C.

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