Trois questions à Claude Evin président de la Fédération hospitalière de France

Pour l’hôpital : plus de transparence et de responsabilité… et plus de « réalité » !

Une nouvelle réforme de l’hôpital se prépare par la voie du projet de loi « Hôpital Patients Santé Territoire ». Le texte jette notamment la base d’une nouvelle gouvernance de l’hôpital où les directeurs d’établissement auront un rôle accru. Quelle est la position de la Fédération hospitalière de France face à cette réforme annoncée et sur les autres orientations dessinées par le gouvernement et le Président de la République pour l’hôpital ? Son président, l’ancien ministre de la Santé Claude Evin, a accepté de nous répondre et de jeter son regard de spécialiste sur ces questions centrales pour l’avenir des praticiens hospitaliers. S’il apparaît plutôt favorable aux propositions élaborées aujourd’hui par les pouvoirs publics, il est définitivement moins séduit par la politique budgétaire actuelle et considère que le principe de réalité devrait enfin s’imposer dans la fixation de l’objectif de dépenses accordé aux hôpitaux publics.

 

JIM : Quelle est votre position concernant la publication des taux de mortalité des hôpitaux préconisée par le chef de l’Etat ?

Claude Evin - La Fédération Hospitalière de France a toujours défendu le principe d’une transparence maîtrisée. De ce point de vue, l’initiative du Président de la République qui prolonge les travaux conduits depuis plusieurs années est positive : l’opacité est la pire des solutions, car elle bride l’émulation et multiplie les inégalités d’accès à l’information.

Prendre exemple sur le NHS ?

Pour autant, on ne peut ignorer les pièges d’une publication d’indicateurs biaisés : si un service opère des patients plus fragiles, ses résultats en matière de morbidité et mortalité en seront affectés, et il serait absurde de le stigmatiser alors que c’est lui qui accomplit le travail le plus difficile.C’est ce qu’ont bien compris les associations d’usagers, et il nous reste maintenant à conclure les travaux, avant une mise en ligne des taux de mortalité et morbidité sur le modèle, peut-être, de ce que propose le NHS britannique.

 

JIM : Estimez-vous souhaitable de modifier le rôle et les pouvoirs des directeurs d’établissement, comme le prévoit la Loi HPST ?

Claude Evin : Nous ne soutenons pas la Loi HPST parce qu’elle modifie les attributions de telle ou telle catégorie, mais parce qu’elle répond à un diagnostic partagé : à l’hôpital, les responsables ne sont pas assez responsables ! Il est nécessaire de clarifier les compétences en donnant à ceux qui ont la charge de diriger les outils nécessaires. C’est le sens de la promotion de la notion de contrat avec les médecins, mais il est évident que ces responsabilités supposeront un dialogue avec la communauté médicale, et avec le Président de la CME, vice président du Directoire.

 

JIM : Quelle est la principale mesure à prendre selon vous pour réduire le déficit des hôpitaux ?

Claude Evin : Le déficit des hôpitaux a une cause principale : c’est le vote depuis plusieurs années d’un budget, l’ONDAM hospitalier, inférieur aux besoins. Ainsi, en 2009, le vote d’un ONDAM hospitalier à 3,1%, inférieur de près d’un point à ce qui serait nécessaire pour maintenir les moyens, du fait de la progression des dépenses de médicament, d’énergie et d’assurances, mais aussi des mesures salariales décidées par le gouvernement, va mécaniquement aggraver les déficits hospitaliers.

Principe de réalité

La FHF plaide depuis toujours pour l’adoption d’un niveau réaliste de progression des dépenses, qui s’attache aux véritables causes de cette progression. En ce qui concerne les dépenses de médicament, par exemple, il est nécessaire que le Comité Economique des Produits de Santé tienne compte davantage des prescriptions hospitalières dans la fixation des prix, mais aussi du fréquent élargissement des indications, qui génère une augmentation des volumes.

 

Interview réalisée par Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Loi Patients territoires

    Le 18 novembre 2008

    Rendre plus responsables, c'est une bonne idée. Mais on oublie que ce sont les médecins qui sont responsables des patients, pas les administratifs. Mettons que les études soient différentes.
    D Bouglé Service de Pédiatrie CH de Bayeux
    14401 Bayeux

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