Comment évaluer le sommeil des patients en réanimation ?

Chez les patients hospitalisés en réanimation, la qualité du sommeil est réduite du fait d’une baisse proportionnelle d’un stade important, caractérisé par les mouvements oculaires rapides, dit stade REM. De plus, l’architecture du sommeil est également perturbée avec de multiples éveils. Cela entraîne une perturbation du rythme circadien, des troubles cognitifs et confusionnels et une altération de la réponse ventilatoire à l’hypoxie hypercapnie retardant le sevrage ventilatoire. De ce fait, l’étude du sommeil chez ces patients est un axe important de la recherche médicale. L’examen princeps est la polysomnographie (PSG) associant électroencéphalogramme, électrooculogramme et électromyogramme. Cependant, la PSG est difficilement applicable en réanimation. Deux autres techniques ont fait leur apparition, l’actigraphie reposant sur un enregistrement de l’activité motrice faite par un capteur disposé au poignet et l’évaluation comportementale faite par l’infirmière. Bien qu’utilisées actuellement, ces deux méthodes n’ont pas été formellement évaluées jusqu’à présent.

Une équipe Canadienne de Calgary a réalisé une étude observationnelle comparant actigraphie et évaluation comportementale à la PSG, utilisée comme technique de référence. Douze patients, hospitalisés en réanimation, ont été inclus dans l’étude. Ont été exclus les patients instables, ou avec une altération des fonctions cérébrales. Le questionnaire fait une seul fois par l’infirmière, analysait les données suivantes : quantité d’heures de sommeil,  et fréquence d’éveils.

Les données de la PSG ont révélé une baisse importante du stade REM et une fragmentation du sommeil avec de multiples éveils. La comparaison avec l’actigraphie et l’étude comportementale a montré l’absence totale de corrélation, aussi bien dans l’appréciation du temps de sommeil, l’analyse des stades du sommeil, que la fréquence des éveils.

Cette étude est la première à comparer actigraphie et PSG en réanimation. Elle montre que l’actigraphie n’est pas une technique fiable, contrairement a ce qui a été démontré chez les sujets sains. Lors de cette étude, l’actigraphie s’est révélée incapable de discriminer entre les mouvements du poignet liés aux éveils et ceux dus aux mobilisations liées aux soins. De même, l’évaluation faite par l’infirmière n’a pas été satisfaisante contrairement à ce qui a été observé dans des  études précédentes. L’explication avancée par les auteurs est qu’au cours des dites études, l’infirmière évaluait le patient toutes les 5-15 minutes, ce qui peut être considéré non réaliste en matière de charge de travail.

L’analyse du sommeil des patients en réanimation reste un enjeu important. Dans cette étude, l’actigraphie et l’évaluation faite par l’infirmière se sont révélées manquer de fiabilité. La recherche de moyens alternatifs à la polysomnographie est toujours d’actualité.

Dr Karim Chadda

Référence
Beecroft JM et coll. : Sleep monitoring in the intensive care unit: comparison of nurse assessment, actigraphie and polysomnographie. Intensive Care Med. 2008; 34: 2076-2083.

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