Sida : Carla Bruni et la diminution des infections ne doivent pas faire oublier la baisse des fonds

Genève, le lundi 1er décembre 2008 – C’est sa dernière journée mondiale du Sida en temps que directeur exécutif de l’agence onusienne dédiée au sida (ONUSIDA). Ce départ coïncide avec le vingtième anniversaire de cette manifestation : l’occasion pour celui qui a longtemps donné un visage à la lutte mondiale contre le Sida d’établir un rapide bilan de l’action des années passées et tout en même temps de lancer un nouvel appel.

Célébration

« Cette vingtième journée mondiale du sida nous donne à la fois des occasions de célébration et d’inquiétude » indique Peter Piot en introduction de son discours. La « célébration » est à lire dans les chiffres. Aujourd’hui, « moins de personnes sont infectées par le VIH et moins de personnes meurent du sida ». On a cependant encore compté 2,7 millions de nouvelles infections l’an dernier et deux millions de décès. Mais l’espoir transparaît dans d’autres statistiques : « Au cours des cinq dernières années, près de quatre millions de personnes dans les pays en développement ont commencé à prendre des médicaments antirétroviraux salvateurs ; des médicaments qui n’existaient même pas en 1988 lorsque nous avons organisé la première journée mondiale du Sida » explique Peter Piot. Le président de l’ONUSIDA pour quelques semaines encore se félicite également de constater que les programmes de prévention commencent à porter leurs fruits dans les pays les plus touchés.

Eclipse

Mais une satisfaction sans nuance n’est pas de rigueur. « Il y a autant de raisons de s’inquiéter que de raisons de célébrer » martèle Peter Piot qui cite comme principale préoccupation : la crise financière. Déjà, le 8 novembre dernier, lors du Conseil d’administration du fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme, des décisions ont été adoptées qui visent à réduire de un ou deux milliards le budget global de cette organisation. Les pays riches ont justifié ces modifications par la crise économique actuelle. L’affaire n’a pas manqué de susciter l’ire de plusieurs associations et notamment en France d’Act up et de Coalition Plus (fondée par Aides) qui ont lancé un appel (resté vain) à Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, afin qu’il dénonce ces dispositions. Beaucoup se souviennent par ailleurs que la France a diminué en 2008 de 20 millions d’euros sa contribution au Fonds mondial. Ce changement soudain de politique, jamais explicitement reconnu par le gouvernement, ne devrait cependant pas revenir sur le devant de la scène médiatique à l’occasion de cette journée mondiale du Sida, probablement éclipsé par l’annonce de l’engagement de Carla Bruni. L’épouse du Président de la République, dont le frère séropositif est mort il y a quelques années, devient en effet aujourd’hui « ambassadrice mondiale pour la protection des mères et des enfants contre le sida » au sein du Fonds mondial : une mission, très certainement sincère, mais dont on peut se demander si elle dédommage totalement la moindre participation financière de la France.

Leadership

L’argent reste en effet plus que jamais nécessaire pour augmenter le nombre de patients traités. « Pour deux personnes qui entament un traitement aujourd’hui, cinq autres sont nouvellement infectées » indique Peter Piot et plus généralement pour modifier significativement l’approche mondiale de l’épidémie en vue d’un véritable succès. Une stratégie très prometteuse a d’ailleurs été évaluée par le Lancet, comme nous le révélons également aujourd’hui. Outre les fonds, l’engagement politique est essentiel. Le slogan de la journée « Mener, responsabiliser, s’activer » ne cache pas la nécessité d’un véritable leadership. Espérons que le remplaçant de Peter Piot, Monsieur Michel Sidibé, d’origine malienne, saura remplir ce rôle.

A.H.

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