Suicide : un sixième axe ?

On sait que le célèbre DSM-IV comporte cinq axes explorant tour à tour :
Axe I : troubles cliniques principaux ;
Axe II : troubles de la personnalité et retard mental ;
Axe III : affections neurologiques ou, plus généralement, médicales ;
Axe IV : troubles psychosociaux et environnementaux (‘‘psychosocial stressors’’)
Axe V : évaluation globale et fonctionnement.

Mais comme toute classification (nosographique ou autre), le DSM comporte évidemment une (grande ?) part d’arbitraire : en particulier, pourquoi ces cinq axes et non pas six ? Des travaux préparatoires du DSM-V proposent précisément un sixième axe, dévolu aux comportements suicidaires. Car si le suicide s’agrège souvent à une affection psychiatrique précise (comme une pathologie dépressive, une schizophrénie, un contexte d’anxiété ou de stress post-traumatique, ou encore une addiction, notamment à l’alcool ou à une drogue), il arrive pourtant (environ dans 10 % des cas) que les personnes attentant à leurs jours ne paraissent présenter, a priori, aucune psychopathologie identifiable selon les critères actuels du DSM-IV où aucun axe ne semble leur correspondre. Et les auteurs déplorent que, même en présence d’idées ou de comportements suicidaires avérés, le patient reçoit un diagnostic ne présentant pas d’emblée ces risques de suicide comme la préoccupation majeure. Ils recommandent donc d’accorder une grande attention (y compris donc par une identification autonome au sein de la nosographie) aux idées ou velléités de suicide. Car le danger est de les confiner au second plan, derrière un autre diagnostic plus « consistant » (maladie bipolaire, psychose, etc.), alors que l’existence d’une tentative antérieure constitue en soi le risque principal de récidive ultérieure.

Sur ce sixième axe, on pourrait départager les troubles suicidaires en « impulsifs » et « non impulsifs » (préparés), à l’image de la distinction légale entre crimes sans préméditation (meurtres) ou avec (assassinats). Une conception rappelant celle d’Elsa Triolet : « Il n’y a pas de suicides, il n’y a que des meurtres ». Et d’Alfred Capus : « Je considère le suicide comme une lâcheté : c’est un duel avec une personne désarmée ».

Dr Alain Cohen

Référence
Oquendo MA et coll. : Issues for DSM-V : suicidal behavior as a separate diagnosis on a separate axis. Am J Psychiatry, 2008 ; 165-11 : 1383-1384.

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