Amnesty International reste sidéré par les Taser

Paris, le jeudi 18 décembre 2008 – Ce n’est pas un paradoxe, mais plus certainement un argument de vente, les Taser, les fameux pistolets paralysants, sont généralement présentés comme des armes qui ne tuent pas. Grâce à ces « stun gun » qui se caractérisent par un voltage élevé et un ampérage très faible, les forces de l’ordre sont en effet censées pouvoir maîtriser un suspect récalcitrant en évitant toutes blessures. La Taser International Incorporation qui détient le monopole en la matière affirmait ainsi en 2005 que ses armes vedettes auraient permis de réduire de 67 % le nombre de blessures infligées aux suspects et de 82 % celles dont sont victimes les policiers, dans les services où elles sont utilisées.

Impulsion contre des suspects désarmés

La situation serait cependant loin d’être aussi idyllique, comme en témoignent les inquiétudes que suscite depuis plusieurs années l’engouement de certains pays pour ces armes. L’organisation Amnesty International vient ainsi de remettre un nouveau rapport sur l’utilisation de ces armes paralysantes aux Etats-Unis. Elle indique qu’entre 2001 et 2008, « plus de 330 personnes seraient mortes après avoir reçu des décharges de pistolets Taser utilisés par des policiers » américains. L’organisation se garde bien d’affirmer que l’ensemble de ces décès sont directement liés aux armes sidérantes. Elle met cependant en évidence différents faits troublants. Il apparaît ainsi tout d’abord que si l’on trouve parmi les victimes des personnes souffrant de troubles cardiaques ou ayant consommé des substances stimulantes, d’autres ne présentaient nullement ces facteurs de risque. Par ailleurs, Amnesty International signale que sur les 334 cas observés, les médecins légistes ont dans plus d’une quarantaine de cas « conclu que le Taser faisait partie des causes à l’origine de la mort ». Par ailleurs, sur la base de 98 rapports d’autopsie et de comptes rendus officiels, l’organisation a pu constater que dans 90 % des cas, les victimes étaient désarmées au moment où elles ont été touchées par le pistolet à impulsion ; une situation qui confirme la tendance au mésusage de cette arme. Dans la même perspective, l’organisation remarque que les règles qui imposent de se limiter à un seul tir ne dépassant pas cinq secondes ne sont pas toujours respectées et que « dans de nombreux cas les personnes décédées avait été soumises à des décharges multiples ou prolongées ».

Inquiétudes diverses

La suspicion suscitée par le Taser ne se limite pas uniquement à Amnesty International. Une enquête est aujourd’hui menée par l’Institut national de la justice aux Etats-Unis, dont le rapport définitif est attendu pour 2009. Un premier bilan d’étape en juin 2008 avait déjà rapporté « de nombreuses inquiétudes concernant la sécurité » de ces armes. Par ailleurs, il semble que les municipalités américaines confrontées à des décès survenus après utilisation de ces pistolets n’aient guère envie de prendre le risque d’un procès. Ainsi, Amnesty rapporte que « la ville de Phoenix a réglé à l’amiable un procès au civil intenté à la suite de la mort de Keith Graff en versant deux millions de dollars ». Enfin, on se souvient qu’en 2005, des médecins de Chicago avaient présenté dans le New England Journal of Médecine le cas d’un jeune homme victime d’une fibrillation ventriculaire après avoir reçu la décharge d’un stun gun.

La France moins sidérante que le reste du monde

Amnesty International ne se montre cependant pas angélique. Dans son rapport, elle affirme « être consciente que toutes les armes comportent un risque de blessure ou de mort » et « reconnaît également que le développement des formes de recours à la force qui sont non meurtrières ou moins meurtrières que les autres peut contribuer à réduire les risques de mort ou de blessure inhérents à l’utilisation par la police d’armes à feu et d’armes contondantes telles que les matraques. Cependant, personne ne doit mourir à la suite d’un niveau de force excessif employé par la police ou à cause d’une arme qui n’a pas fait l’objet de tests approfondis ni de contrôles stricts ». Aussi, même si Amnesty International considère que de nouvelles études devraient être menés concernant la dangerosité du Taser notamment chez les personnes « vulnérables », elle observe la situation de la France sans parti pris. Elle considère en effet que dans notre pays, l’encadrement de cette arme (dont 4 600 sont en service) répond à un « encadrement rigoureux » et à une « diffusion restreinte ».

A.H.

Référence
Kim PJ, Franklin WH.: "Ventricular fibrillation after stun-gun discharge", N Engl J Med. 2005 Sep 1;353(9):958-9.

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