Maladies mitochondriales à révélation néonatale : quoi de neuf ?

K. Gibson et coll. rapportent une série de 32 cas de maladies mitochondriales (MM) à révélation néonatale. Cette étude fournit d’utiles précisions sur la présentation clinique et l’histoire naturelle de ces MM parce qu’elle est basée en population. Ces MM comprenaient des déficits complexes enzymatiques de la phosphorylation oxydative (complexes I à IV et ATPase) et des déplétions en ADN des mitochondries dues à une mutation du gène de la polymérase gamma (POLG), patents avant 28 jours de vie. Cette série représente 30 % des cas de la cohorte des MM diagnostiquées dans un Etat de l’Australie, entre 1975 et 2006. A noter que la moitié des diagnostics ont été posés depuis 2001.

Le sex ratio est équilibré (1/1). Les taux de prématurité et de retards de croissance intra-utérin (PN <10ème percentile) sont très élevés (~25%). Proportionnellement, il y a moins de garçons, le double de prématurés, et autant d’hypotrophes que dans l’ensemble de la cohorte.

La MM « parle » le premier jour de vie plus d’une fois sur deux (19/32) et immédiatement à la naissance une fois sur trois (10/32) !
Avant H24, elle se manifeste souvent par une détresse vitale (8/19), imposant une réanimation lourde, parfois inefficace. Après H24, elle est en général polysymptomatique, avec des signes peu spécifiques (difficultés d’alimentation, vomissements, absence de prise de poids).
Il semble possible de distinguer 3 tableaux cliniques :
1) «encéphalomyopathique» (17 patients) avec des troubles de la conscience, une hypotonie, des convulsions, etc. Huit enfants avaient une «acidose lactique congénitale». Quatre autres ont évolué vers une maladie de Leigh.
2) «hépato-intestinale» (8 patients) avec une cholestase, une hypoglycémie, des troubles digestifs. Cinq enfants avaient une mutation de POLG. Deux d’entre eux ont présenté un syndrome d’Alpers.
3) «cardiaque» (5 patients) avec au premier plan une cardiomyopathie rapidement létale.
Les deux patients inclassables, dont un «hydrops fetalis», ont évolué vers un syndrome de Barth.

Le pronostic est très sombre. Vingt huit enfants sont décédés, dont 13 en période néonatale.

Le déficit de l’activité enzymatique intéresse presque toujours le complexe I (25/27) mais il est multiple douze fois. Des mutations de l’ADN nucléaire ou mitochondrial ont été mises en évidence dans 11 cas.

Les MM se révèlent fréquemment en période néonatale. Si la prématurité, un petit PN, une détresse vitale, des troubles nutritionnels ne sont pas spécifiques, certains groupements de signes sont plus évocateurs. Dans les tableaux cliniques isolés par les auteurs, on retrouve les «acidoses lactiques congénitales» et les «cardiomyopathies», mais plus les «cytopathies mitochondriales», qui sont éclatées. En revanche, en cas de survie au-delà de 1 mois, on fait mieux le lien avec des MM débutant classiquement plus tard comme le syndrome de Leigh, la maladie d’Alpers et le syndrome de Barth.

Dr Jean-Marc Retbi

Référence
Gibson K et coll. : Mitochondrial oxidative phosphorylation disorders presenting in neonates: clinical manifestations and molecular diagnoses. Pediatrics 2008 ; 122 : 1003-1008.

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