L’obésité est elle un facteur de mortalité en réanimation ?

La prise en charge des patients obèses en réanimation est réputée difficile, marquée par une ventilation laborieuse, un sevrage retardé, une fréquence plus élevée des pneumopathies sous ventilation. De plus, la fréquence des thromboses veineuses, embolies pulmonaires, et complications cardiovasculaires est augmentée chez les sujets obèses. Pourtant, les données concernant l’impact de l’obésité sur la mortalité des patients admis en réanimations ont été jusqu’à présent contradictoires.

Une équipe européenne dirigée par le Pr Jean Louis Vincent a utilisé une base de données provenant d’une étude épidémiologique prospective observationnelle multicentriques, étude dite SOAP. Tous les patients adultes, admis entre le premier et le quinze du mois de mai 2002, sur 198 centres européens, on été inclus dans l’étude. Ils ont été classés en fonction de l’indice de masse corporelle (IMC = poids/taille*taille) en quatre groupes (critères OMS), maigres (< 18,5kg/m2), normaux (18,5-24,9kg/m²), obèses (30-39,9 kg/m²), très obèses (≥ 40kg/m²). Deux mille huit cent soixante-dix-huit patients ont participé à l’étude. L’impact de l’IMC sur la morbidité et la mortalité des patients admis en réanimation a été évalué. Une analyse multivariée a été réalisée avec comme facteur dépendant la mortalité hospitalière à 60 jours (Modèle de Cox).

Sur le plan de la morbidité, le seul résultat significatif est une augmentation du nombre des d’infections acquises en réanimation chez les patients obèses et très obèses. Augmentation sans effet sur la mortalité puisque la mortalité en réanimation et la mortalité hospitalière n’ont pas été influencées par l’IMC. De même, l’analyse multivariée n’a pas démontré d’impact de l’IMC sur la mortalité, alors que l’âge, le diagnostic d’hémopathie ou de cirrhose, les scores de gravité tel le SAPSII, le SOFA score, la ventilation mécanique étaient des facteurs indépendants associés avec une augmentation de la mortalité à 60 jours.
Parmi les critiques que l’on pourrait faire de l’étude figure l’exploitation de données provenant d’une base de données, et non d’une évaluation spécifique de l’IMC en réanimation. De plus, le poids a été dans de nombreux cas apprécié et non mesuré, ce qui introduit une incertitude dans l’analyse des résultats.
Sur un collectif important de patients admis en réanimation, l’obésité appréciée par l’IMC même si elle entraîne une morbidité accrue, n’a aucune influence sur la mortalité.

Dr Karim Chadda

Référence
Sakr Y. et coll. : Obesity is associated with increased morbidity but not mortality in critically ill patients. Intensive Care Med 2008; 34: 1999-2009

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